Prologue
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Prologue
Décherchéni Oupouaout
Celle à la chevelure rousse entra dans les appartements privés de la Grande Prêtresse d'Isis. En fait d'appartement, il s'agissait d'une unique grande pièce, dans laquelle elle pénétrait pour la première fois.
D'un côté, un large bureau, sur lequel reposait une boule de cristal et un brasero ainsi qu'un bâton noueux ; de l'autre, une bibliothèque chargée d'ouvrages ésotériques.
Au fond, une modeste couche et un grand coffre.
A côté de la bibliothèque, un pupitre de bois clair sur lequel était posé un épais grimoire. Deux fauteuils à l'air confortable formaient un petit salon.
Safae était une femme d'une quarantaine d'années, grande, à la peau mat et aux longs cheveux noirs, d'une grande beauté. Elle était vêtue d'une simple robe de lin blanc et avait le visage maquillé de khôl.
« Entrez ma fille, soyez la bienvenue. Asseyez-vous. » La Grande Prêtresse avait l'air fatigué.
Intimidée, Décherchéni obtempéra, son pseudodragon installé en écharpe sur ses épaules. Sa présence la réconforta. Cela faisait plusieurs mois qu'ils étaient rentrés de leur expédition sur la Lune. Elle se souvenait encore des arbres immenses et de ces êtres étranges qui y vivaient. Un peuple fier. Les elfes. D'ailleurs, l'un d'entre eux était reparti avec le navire. Il voulait voyager loin, ce Caradoc, avec son drôle d'ami nain.
Une fois, une vieille sorcière était sorti de l'ombre des arbres et s'était approché d'elle. « Hé la rousse ! » l'avait-elle interpellé, dans une forme vernaculaire du commun. « J'ai quelque chose pour vous. » Elle lui tendait une sorte de nid sculpté dans une souche, poli et gravé d'entrelacs celtiques, à l'intérieur duquel se trouvait un gros oeuf vert pâle. Elle avait juré d'en prendre grand soin, et la créature qui était sorti de l'oeuf était devenu son meilleur ami. Le nid lui-même était d'une magie très puissante, qui lui avait permis de faire naître d'autre animaux, des oiseaux et même des crocodiles.
« Décherchéni, » commença Safae, « vous êtes partie presque une enfant, et vous nous êtes revenue une prêtresse, une femme accomplie. Je ne puis vous dire à quel point je suis fière de vous. » Les paroles bienveillantes était prononcées sans un once d'amertume. Alors que la Grande Prêtresse elle-même était tombée en disgrâce quand elle avait refusé de suivre l'Empereur-Mage dans sa campagne du Nord. « Vous vous apprêtez à repartir pour un autre voyage, certainement plus long que vous ne pensez. » Elle se leva et prit le bâton posé sur la table avant de le lui tendre sans plus de cérémonie. « C'est un bâton de contrecoup. Vous risquez d'en avoir besoin. »
Décherchéni se leva pour le recevoir, émue. « Merci... »
Mais Safae l'interrompit. Elle frissonna et parla d'une voix blanche : « De sombres nuages couvrent les horizons, déjà de sinistres prophéties sont proclamées... la tour de Seth aura bientôt quatre étages... ma propre fin est très proche... nous ne nous reverrons sans doute pas... le danger vient des étoiles... » Elle lui avait saisi les deux avant-bras et les lui serrait au point de lui faire mal. Son regard était vague et intense à la fois.
Safae s'effondra dans son fauteuil. Décherchéni se souvint qu'elle était une grande devineresse...
« Laissez-moi maintenant, ma fille... Voyez Hamad pour le nécessaire de voyage, puis envoyez le moi... »
[HRP : un bâton de contrecoup, 3d6+6 => 5, 1, 6, 6 => 18 charges
une potion de forme gazeuse]
Celle à la chevelure rousse entra dans les appartements privés de la Grande Prêtresse d'Isis. En fait d'appartement, il s'agissait d'une unique grande pièce, dans laquelle elle pénétrait pour la première fois.
D'un côté, un large bureau, sur lequel reposait une boule de cristal et un brasero ainsi qu'un bâton noueux ; de l'autre, une bibliothèque chargée d'ouvrages ésotériques.
Au fond, une modeste couche et un grand coffre.
A côté de la bibliothèque, un pupitre de bois clair sur lequel était posé un épais grimoire. Deux fauteuils à l'air confortable formaient un petit salon.
Safae était une femme d'une quarantaine d'années, grande, à la peau mat et aux longs cheveux noirs, d'une grande beauté. Elle était vêtue d'une simple robe de lin blanc et avait le visage maquillé de khôl.
« Entrez ma fille, soyez la bienvenue. Asseyez-vous. » La Grande Prêtresse avait l'air fatigué.
Intimidée, Décherchéni obtempéra, son pseudodragon installé en écharpe sur ses épaules. Sa présence la réconforta. Cela faisait plusieurs mois qu'ils étaient rentrés de leur expédition sur la Lune. Elle se souvenait encore des arbres immenses et de ces êtres étranges qui y vivaient. Un peuple fier. Les elfes. D'ailleurs, l'un d'entre eux était reparti avec le navire. Il voulait voyager loin, ce Caradoc, avec son drôle d'ami nain.
Une fois, une vieille sorcière était sorti de l'ombre des arbres et s'était approché d'elle. « Hé la rousse ! » l'avait-elle interpellé, dans une forme vernaculaire du commun. « J'ai quelque chose pour vous. » Elle lui tendait une sorte de nid sculpté dans une souche, poli et gravé d'entrelacs celtiques, à l'intérieur duquel se trouvait un gros oeuf vert pâle. Elle avait juré d'en prendre grand soin, et la créature qui était sorti de l'oeuf était devenu son meilleur ami. Le nid lui-même était d'une magie très puissante, qui lui avait permis de faire naître d'autre animaux, des oiseaux et même des crocodiles.
« Décherchéni, » commença Safae, « vous êtes partie presque une enfant, et vous nous êtes revenue une prêtresse, une femme accomplie. Je ne puis vous dire à quel point je suis fière de vous. » Les paroles bienveillantes était prononcées sans un once d'amertume. Alors que la Grande Prêtresse elle-même était tombée en disgrâce quand elle avait refusé de suivre l'Empereur-Mage dans sa campagne du Nord. « Vous vous apprêtez à repartir pour un autre voyage, certainement plus long que vous ne pensez. » Elle se leva et prit le bâton posé sur la table avant de le lui tendre sans plus de cérémonie. « C'est un bâton de contrecoup. Vous risquez d'en avoir besoin. »
Décherchéni se leva pour le recevoir, émue. « Merci... »
Mais Safae l'interrompit. Elle frissonna et parla d'une voix blanche : « De sombres nuages couvrent les horizons, déjà de sinistres prophéties sont proclamées... la tour de Seth aura bientôt quatre étages... ma propre fin est très proche... nous ne nous reverrons sans doute pas... le danger vient des étoiles... » Elle lui avait saisi les deux avant-bras et les lui serrait au point de lui faire mal. Son regard était vague et intense à la fois.
Safae s'effondra dans son fauteuil. Décherchéni se souvint qu'elle était une grande devineresse...
« Laissez-moi maintenant, ma fille... Voyez Hamad pour le nécessaire de voyage, puis envoyez le moi... »
[HRP : un bâton de contrecoup, 3d6+6 => 5, 1, 6, 6 => 18 charges
une potion de forme gazeuse]
"Un coup de dés jamais n'abolira le hasard."
Stéphane Mallarmé
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Les sentiers de la gloire : Kial Guilby
Les chroniques du chaos : Hector Cuivrare
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Re: Prologue
Kaem Nefer-Kha
Kaem se trouvait sur le toit-terrasse de la Taverne du Chat Gris, en compagnie de ses amis Omayma et Sutepe. Le soir s'installait, la brise de mer était fraîche en ces premiers jours de printemps. Un lynx paressait, allongé sur la corniche.
Omayma jouait réveusement des arpèges sur sa petite guitare. C'était une petite-femme charmante, gracieusement ronde, avec une jolie voix d'alto, vétue d'écarlate et d'or.
Sutepe, quant à lui, était un jeune prêtre de Bastet, vêtu simplement d'une robe de lin, avec le crâne rasé et les yeux maquillés.
« L'assassin de Bakadja cours toujours, » disait celui-ci, « ça commence à bouger à la Guilde. »
« Ca fait plaisir à voir. » chantonna Omayma. « Il faudrait qu'on le retrouve pour le féliciter... »
« Nous pourrions même le recruter... » confirma le prêtre.
Mais Kaem était pensif. Il se leva et s'approcha de la corniche pour caresser le lynx géant. Depuis la terrasse, on apercevait la haute tour noire du Temple de Seth. Une tour gravée de bas-reliefs infernaux, relatant les "exploits" du Dieu à tête d'âne. Une tour qui semblait sortir de terre. Quelques mois plus tôt, elle s'était élevée d'un étage et elle mesurait maintenant presque trente mètres de haut. Son ombre même était porteuse de mal et une large place se dégageait tout autour alors que les gens en quittaient les abords, détruisant leur maison derrière eux. Un funeste cadran solaire... les portes du temple s'ouvraient à midi pour laisser entrer les pauvres hères qui espéraient détourner ainsi le mal d'eux en faisant des offrandes et des sacrifices à l'assassin d'Osiris.
« Tout cela ne me dit rien qui vaille. Qu'ils s'entretuent ne signifient pas forcément que les choses vont s'arranger. » dit-il. « J'ai l'impression de partir au moment où l'on a le plus besoin de moi. »
« Non, Kaem, » lui répondit Sutepe, « nous sommes certains qu'au moins un membre de la Guilde des Voleurs fera parti de l'expédition. Tu es le seul à pouvoir y aller. »
« Grâce à ta belle Meretiaa... » poursuivit Omayma moqueuse, toujours sur le même air.
Kaem lui lança un sourire vainqueur. C'était une grande conquête qu'il avait fait là. Meretiaa était une importante prêtresse de Nout, aux commandes du navire, et elle l'avait intégré au voyage. Et c'était l'une des plus belles femmes qu'il lui eut été donné de rencontrer.
Il reporta cependant son regard vers la tour noire. La Guilde des Voleurs était un des quatre sinistres rejetons du temple de Seth. Il y avait également le Service de Renseignement, la Guilde des Assassins et... la Ménagerie... Ils se faisaient appeler La Fraternité du Mal.
Face à eux, l'Empereur-Mage se trouvait à quinze-mille kilomètres de là et avait dépouillé les Temples de leur pouvoir dans sa volonté de conquête. Seuls la Grande Prêtresse d'Isis et le Grand Prêtre de Geb étaient restés à Alexandrie, mais une grande partie des prêtres avait été mobilisé.
Face à eux, il ne restait que la poignée de roublards qui formaient les rangs disparates de l'Ordre de Sekhmet. Et Kaem allait partir...
[HRP : un sabre +1
un parchemin de protection contre l'acide
Tes amis t'ont donné :
une potion de soin
une boucle d'oreille de défense : gravée d'un X, sur un mot de commande tu fais apparaître un sabre et une dague, ça ne fonctionne qu'une fois mais tu peux le recharger avec un sabre +1 et une dague +1 dont la magie est alors absorbée]
Kaem se trouvait sur le toit-terrasse de la Taverne du Chat Gris, en compagnie de ses amis Omayma et Sutepe. Le soir s'installait, la brise de mer était fraîche en ces premiers jours de printemps. Un lynx paressait, allongé sur la corniche.
Omayma jouait réveusement des arpèges sur sa petite guitare. C'était une petite-femme charmante, gracieusement ronde, avec une jolie voix d'alto, vétue d'écarlate et d'or.
Sutepe, quant à lui, était un jeune prêtre de Bastet, vêtu simplement d'une robe de lin, avec le crâne rasé et les yeux maquillés.
« L'assassin de Bakadja cours toujours, » disait celui-ci, « ça commence à bouger à la Guilde. »
« Ca fait plaisir à voir. » chantonna Omayma. « Il faudrait qu'on le retrouve pour le féliciter... »
« Nous pourrions même le recruter... » confirma le prêtre.
Mais Kaem était pensif. Il se leva et s'approcha de la corniche pour caresser le lynx géant. Depuis la terrasse, on apercevait la haute tour noire du Temple de Seth. Une tour gravée de bas-reliefs infernaux, relatant les "exploits" du Dieu à tête d'âne. Une tour qui semblait sortir de terre. Quelques mois plus tôt, elle s'était élevée d'un étage et elle mesurait maintenant presque trente mètres de haut. Son ombre même était porteuse de mal et une large place se dégageait tout autour alors que les gens en quittaient les abords, détruisant leur maison derrière eux. Un funeste cadran solaire... les portes du temple s'ouvraient à midi pour laisser entrer les pauvres hères qui espéraient détourner ainsi le mal d'eux en faisant des offrandes et des sacrifices à l'assassin d'Osiris.
« Tout cela ne me dit rien qui vaille. Qu'ils s'entretuent ne signifient pas forcément que les choses vont s'arranger. » dit-il. « J'ai l'impression de partir au moment où l'on a le plus besoin de moi. »
« Non, Kaem, » lui répondit Sutepe, « nous sommes certains qu'au moins un membre de la Guilde des Voleurs fera parti de l'expédition. Tu es le seul à pouvoir y aller. »
« Grâce à ta belle Meretiaa... » poursuivit Omayma moqueuse, toujours sur le même air.
Kaem lui lança un sourire vainqueur. C'était une grande conquête qu'il avait fait là. Meretiaa était une importante prêtresse de Nout, aux commandes du navire, et elle l'avait intégré au voyage. Et c'était l'une des plus belles femmes qu'il lui eut été donné de rencontrer.
Il reporta cependant son regard vers la tour noire. La Guilde des Voleurs était un des quatre sinistres rejetons du temple de Seth. Il y avait également le Service de Renseignement, la Guilde des Assassins et... la Ménagerie... Ils se faisaient appeler La Fraternité du Mal.
Face à eux, l'Empereur-Mage se trouvait à quinze-mille kilomètres de là et avait dépouillé les Temples de leur pouvoir dans sa volonté de conquête. Seuls la Grande Prêtresse d'Isis et le Grand Prêtre de Geb étaient restés à Alexandrie, mais une grande partie des prêtres avait été mobilisé.
Face à eux, il ne restait que la poignée de roublards qui formaient les rangs disparates de l'Ordre de Sekhmet. Et Kaem allait partir...
[HRP : un sabre +1
un parchemin de protection contre l'acide
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Re: Prologue
Caradoc Guenuldaric
Quelques mois plus tôt, Caradoc s'en était retourné voir son Maître à Ar Geriadenn. Ce village d'elfes sylvestres était installé dans les profondeurs d'une forêt alpestre bordant un grand lac d'eau douce. La guilde elle-même se trouvait un peu à l'écart derrière une clairière circulaire. Dans cette clairière était dressé un temple à Lug, Dieu de l'Excellence, Patron de la guilde.
Adossé à un arbre majestueux se trouvait un menhir. Celui-ci avait été creusé et une statue avait été sculpté dans le roc de la niche. Elle représentait un elfe d'une grande beauté, en train de danser, une épée longue dans chaque main.
Aecin, le Maître, accueillit Caradoc devant le temple.
Les deux hommes se ressemblaient : simplement vêtus d'un pagne de lin, les cheveux tressés en une longue tresse et le corps couvert de tatouages bleus. Des entrelacs dessinant la silhouette de l'animal symbole de la guilde.
Le disciple fit une offrande de miel à Lug.
Puis, comme c'était la coutume, le Maître et le disciple se mesurèrent l'un à l'autre.
Le duel dura plus d'une heure. Finalement, Caradoc se retrouva à terre, exténué. Aecin, à peine essoufflé, sourit et l'aida à se relever.
« Tu as bien progressé, Caradoc. » lui dit-il avec bienveillance. « J'ai entendu parlé de vos exploits. » lui dit-il, avec un air un peu plus sombre. « On me dit que tu t'es associé avec un de ces sauvages nains. »
« Oui, Maître. Drunomanos est certes une furie guerrière, mais il se met au service de causes justes. »
Le Maître sembla méditer ces paroles, puis : « Il est très loin de notre idéal de perfection. Méfie-toi de lui, car il pourrait causer ta perte. »
« Il m'a déjà sauvé la vie plus d'une fois. »
« Il risque de te faire défaut au moment où tu en auras le plus besoin. »
Le silence pesa quelques instants.
Aecin reprit : « J'ai rencontré les deux étrangères... Meretiaa et... Décherchéni... et même vu leur formidable embarcation. C'est une opportunité exceptionnelle pour notre guilde. Tu devrais les accompagner dans leur grand voyage. »
« Ce serait mon honneur. » répondit Caradoc avec une excitation mal dissimulée. « Il paraît que la vieille sorcière leur a donné un oeuf sacré. »
Aecin acquiesça. « Qui sait ce qu'elle a vu dans ses osselets ? »Mais il prenait les agissements de la vieille au sérieux, et le don de l'oeuf était une marque de confiance. « Montre moi ton arme, disciple. »
Il examina l'épée, une lame longue gravée de quelques runes, des reflets rosés esquissant des flammes depuis la garde jusqu'à la pointe.
Il la lui rendit en hochant la tête en signe d'approbation. « Dis à ton ami de venir me voir, j'ai à lui parler. »
[HRP : épée longue +1, langue de feu
un parchemin avec le sort Grâce Féline]
Quelques mois plus tôt, Caradoc s'en était retourné voir son Maître à Ar Geriadenn. Ce village d'elfes sylvestres était installé dans les profondeurs d'une forêt alpestre bordant un grand lac d'eau douce. La guilde elle-même se trouvait un peu à l'écart derrière une clairière circulaire. Dans cette clairière était dressé un temple à Lug, Dieu de l'Excellence, Patron de la guilde.
Adossé à un arbre majestueux se trouvait un menhir. Celui-ci avait été creusé et une statue avait été sculpté dans le roc de la niche. Elle représentait un elfe d'une grande beauté, en train de danser, une épée longue dans chaque main.
Aecin, le Maître, accueillit Caradoc devant le temple.
Les deux hommes se ressemblaient : simplement vêtus d'un pagne de lin, les cheveux tressés en une longue tresse et le corps couvert de tatouages bleus. Des entrelacs dessinant la silhouette de l'animal symbole de la guilde.
Le disciple fit une offrande de miel à Lug.
Puis, comme c'était la coutume, le Maître et le disciple se mesurèrent l'un à l'autre.
Le duel dura plus d'une heure. Finalement, Caradoc se retrouva à terre, exténué. Aecin, à peine essoufflé, sourit et l'aida à se relever.
« Tu as bien progressé, Caradoc. » lui dit-il avec bienveillance. « J'ai entendu parlé de vos exploits. » lui dit-il, avec un air un peu plus sombre. « On me dit que tu t'es associé avec un de ces sauvages nains. »
« Oui, Maître. Drunomanos est certes une furie guerrière, mais il se met au service de causes justes. »
Le Maître sembla méditer ces paroles, puis : « Il est très loin de notre idéal de perfection. Méfie-toi de lui, car il pourrait causer ta perte. »
« Il m'a déjà sauvé la vie plus d'une fois. »
« Il risque de te faire défaut au moment où tu en auras le plus besoin. »
Le silence pesa quelques instants.
Aecin reprit : « J'ai rencontré les deux étrangères... Meretiaa et... Décherchéni... et même vu leur formidable embarcation. C'est une opportunité exceptionnelle pour notre guilde. Tu devrais les accompagner dans leur grand voyage. »
« Ce serait mon honneur. » répondit Caradoc avec une excitation mal dissimulée. « Il paraît que la vieille sorcière leur a donné un oeuf sacré. »
Aecin acquiesça. « Qui sait ce qu'elle a vu dans ses osselets ? »Mais il prenait les agissements de la vieille au sérieux, et le don de l'oeuf était une marque de confiance. « Montre moi ton arme, disciple. »
Il examina l'épée, une lame longue gravée de quelques runes, des reflets rosés esquissant des flammes depuis la garde jusqu'à la pointe.
Il la lui rendit en hochant la tête en signe d'approbation. « Dis à ton ami de venir me voir, j'ai à lui parler. »
[HRP : épée longue +1, langue de feu
un parchemin avec le sort Grâce Féline]
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Re: Prologue
Drunomanos Artuanoric
Caradoc lui ayant relayé la demande de son Maître, Drunomanos se rendit dans cette même clairière.
Celle-ci était déserte quand il y arriva. Il eut un sourire ironique en voyant la statue de Lug qui, dans certaines maisons de son clan, était représenté par un nain maniant un puissant marteau de guerre.
Sentant du mouvement dans son dos, il se retourna. Un elfe, vêtu très simplement, couvert de tatouages, se trouvait au centre de la clairière. Il tenait à la main une épée longue simple.
« Quel est ton nom, nain ? »
« Je suis Drunomanos Artuanoric. Et toi, l'elfe ? » répondit-il avec défi.
Sans répondre, l'elfe dit : « Artuanoric... tu viens du clan Nertartos ? », il eut un reniflement dédaigneux, puis : « L'Ours Fort ? celui qui s'est établi à la surface il y a quelques dizaines d'années ? »
« Oui. »
« Pourquoi venir s'installer par ici ? »
« Nous avons dû fuir. A cause des liath... » Les duergars.
« Oui, j'en ai entendu parler. Heureusement que les dubh des Cavernes aux Miroirs sont intervenus. »
Drunomanos serra les dents. Sauvés par des elfes noirs. La honte, le déshonneur l'étouffaient.
« C'est tomber bien bas pour des nains des profondeurs que de devoir s'installer à la surface. » reprit l'elfe.
Le nain sentait maintenant ses muscles se crisper. Il retint de justesse un mouvement involontaire vers sa hache.
« L'honneur est devenu une denrée si rare de nos jours... » poursuivit l'elfe comme s'il n'avait rien remarqué.
Le nain éclata brusquement de rire, brisant la tension montante. Il assouplit les muscles de sa main en ouvrant et fermant le poing, comme pour chasser une crampe : « Là-dessus, nous sommes bien d'accord ! »
L'elfe contempla le nain un court instant, le regard scrutateur. « J'ai cru que j'allais voir une furie guerrière en action. Que s'est-il passé ? »
Sans sourire, Drunomanos répondit : « Je ne veux pas te tuer, coillte. »
« Belle maîtrise. Parviens-tu toujours à te maîtriser ainsi ? »
Cette fois, le nain eut un sourire carnassier : « Non... Continuons comme ça et nous verrons bien mes limites. »
« La déesse de la guerre te trompe. Elle te fait un don qui te fait tuer ceux qui te sont cher. »
« Elle me permet de vaincre mes ennemis, quel qu'en soit le prix. »
Un instant de silence passa, interminable.
« Si mon disciple meurt par ta faute, je le vengerai. »
Le nain ne put que répondre : « D'accord. »
[HRP : une hache +2, tueuse de géants
un anneau de résistance au feu]
Caradoc lui ayant relayé la demande de son Maître, Drunomanos se rendit dans cette même clairière.
Celle-ci était déserte quand il y arriva. Il eut un sourire ironique en voyant la statue de Lug qui, dans certaines maisons de son clan, était représenté par un nain maniant un puissant marteau de guerre.
Sentant du mouvement dans son dos, il se retourna. Un elfe, vêtu très simplement, couvert de tatouages, se trouvait au centre de la clairière. Il tenait à la main une épée longue simple.
« Quel est ton nom, nain ? »
« Je suis Drunomanos Artuanoric. Et toi, l'elfe ? » répondit-il avec défi.
Sans répondre, l'elfe dit : « Artuanoric... tu viens du clan Nertartos ? », il eut un reniflement dédaigneux, puis : « L'Ours Fort ? celui qui s'est établi à la surface il y a quelques dizaines d'années ? »
« Oui. »
« Pourquoi venir s'installer par ici ? »
« Nous avons dû fuir. A cause des liath... » Les duergars.
« Oui, j'en ai entendu parler. Heureusement que les dubh des Cavernes aux Miroirs sont intervenus. »
Drunomanos serra les dents. Sauvés par des elfes noirs. La honte, le déshonneur l'étouffaient.
« C'est tomber bien bas pour des nains des profondeurs que de devoir s'installer à la surface. » reprit l'elfe.
Le nain sentait maintenant ses muscles se crisper. Il retint de justesse un mouvement involontaire vers sa hache.
« L'honneur est devenu une denrée si rare de nos jours... » poursuivit l'elfe comme s'il n'avait rien remarqué.
Le nain éclata brusquement de rire, brisant la tension montante. Il assouplit les muscles de sa main en ouvrant et fermant le poing, comme pour chasser une crampe : « Là-dessus, nous sommes bien d'accord ! »
L'elfe contempla le nain un court instant, le regard scrutateur. « J'ai cru que j'allais voir une furie guerrière en action. Que s'est-il passé ? »
Sans sourire, Drunomanos répondit : « Je ne veux pas te tuer, coillte. »
« Belle maîtrise. Parviens-tu toujours à te maîtriser ainsi ? »
Cette fois, le nain eut un sourire carnassier : « Non... Continuons comme ça et nous verrons bien mes limites. »
« La déesse de la guerre te trompe. Elle te fait un don qui te fait tuer ceux qui te sont cher. »
« Elle me permet de vaincre mes ennemis, quel qu'en soit le prix. »
Un instant de silence passa, interminable.
« Si mon disciple meurt par ta faute, je le vengerai. »
Le nain ne put que répondre : « D'accord. »
[HRP : une hache +2, tueuse de géants
un anneau de résistance au feu]
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Re: Prologue
Attikos
Une fois n'était pas coutume, Attikos se déplaçait en calèche. Il était d'ordinaire plus à l'aise à cheval, à surveiller le chemin et les alentours.
Il escortait son mentor et protecteur, Allinias, diplomate d'Athènes-La-Grande et prêtre d'Athéna, jusqu'au palais impérial.
Quittant Alexandrie, la route passait entre deux couples de statues monumentales, mesurant chacune plus de quarante mètres, représentant des Dieux assis : Shou et Tefnout d'un côté, Geb et Nout de l'autre. Le palais lui-même était extraordinaire, vaste, emplie de canaux et de jardins luxuriants, d'une architecture grandiose et raffinée.
Ils se rendaient cette fois-ci à une réception à la cour du Vice-Roi de Nubie, dans une partie du palais construite d'une manière typique de cette région.
Attikos soupira. Il avait bien conscience que, fut-il Égyptien, sa naissance ne lui aurait jamais permis de dépasser les Dieux assis. L'endroit relevait de la très haute noblesse ; même les serviteurs ici formaient une caste plus haute que les bourgeois de la ville.
« Écoute moi, Atti. » lui disait Allinias. « Grâce à Bakadja, j'ai pu approcher le Gouverneur Ahunep. Avec le Concile Élémentaire et le Temple de Nout, c'est lui qui gère les expéditions vers les Étoiles. » Ahunep, le neveu de l'Empereur, rien que ça...
Attikos écoutait attentivement maintenant. Allinias était un soldat solide et un fin stratège, aussi habile sur un champ de bataille qu'à la cours des puissants.
« C'est fait. Il y aura un Athénien sur le prochain navire ! »
« Ahah ! » éclata Attikos. Pure allégresse. Explorer des mondes inconnus, voguer dans les cieux...
Allinias le laissa exprimer sa joie, puis lui dit : « Attikos, écoute moi. Ta mission dans le navire sera de protéger les prêtres et le Timonier. Surtout le Timonier. »
« Bien sûr, Père. »
« Ce Bakadja est un personnage douteux. » reprit-il. « Cela m'a coûté cher, et je ne l'ai pas fait pour toi. » Il regarda à travers la fenêtre de la calèche, le regard perdu dans le vide. « Quelque chose se trame là-haut. Je le sens dans mes os chaque fois que le soleil se lève. Soit très prudent et qu'Athéna te garde. »
Il lui remis une petite chouette en céramique, en lui expliquant : « Avec ce talisman, la Déesse t'octroie une faveur. Fais en bon usage. »
« Je saurai me montrer digne de votre confiance, mon Père. »
[HRP : un charme de faveur]
Une fois n'était pas coutume, Attikos se déplaçait en calèche. Il était d'ordinaire plus à l'aise à cheval, à surveiller le chemin et les alentours.
Il escortait son mentor et protecteur, Allinias, diplomate d'Athènes-La-Grande et prêtre d'Athéna, jusqu'au palais impérial.
Quittant Alexandrie, la route passait entre deux couples de statues monumentales, mesurant chacune plus de quarante mètres, représentant des Dieux assis : Shou et Tefnout d'un côté, Geb et Nout de l'autre. Le palais lui-même était extraordinaire, vaste, emplie de canaux et de jardins luxuriants, d'une architecture grandiose et raffinée.
Ils se rendaient cette fois-ci à une réception à la cour du Vice-Roi de Nubie, dans une partie du palais construite d'une manière typique de cette région.
Attikos soupira. Il avait bien conscience que, fut-il Égyptien, sa naissance ne lui aurait jamais permis de dépasser les Dieux assis. L'endroit relevait de la très haute noblesse ; même les serviteurs ici formaient une caste plus haute que les bourgeois de la ville.
« Écoute moi, Atti. » lui disait Allinias. « Grâce à Bakadja, j'ai pu approcher le Gouverneur Ahunep. Avec le Concile Élémentaire et le Temple de Nout, c'est lui qui gère les expéditions vers les Étoiles. » Ahunep, le neveu de l'Empereur, rien que ça...
Attikos écoutait attentivement maintenant. Allinias était un soldat solide et un fin stratège, aussi habile sur un champ de bataille qu'à la cours des puissants.
« C'est fait. Il y aura un Athénien sur le prochain navire ! »
« Ahah ! » éclata Attikos. Pure allégresse. Explorer des mondes inconnus, voguer dans les cieux...
Allinias le laissa exprimer sa joie, puis lui dit : « Attikos, écoute moi. Ta mission dans le navire sera de protéger les prêtres et le Timonier. Surtout le Timonier. »
« Bien sûr, Père. »
« Ce Bakadja est un personnage douteux. » reprit-il. « Cela m'a coûté cher, et je ne l'ai pas fait pour toi. » Il regarda à travers la fenêtre de la calèche, le regard perdu dans le vide. « Quelque chose se trame là-haut. Je le sens dans mes os chaque fois que le soleil se lève. Soit très prudent et qu'Athéna te garde. »
Il lui remis une petite chouette en céramique, en lui expliquant : « Avec ce talisman, la Déesse t'octroie une faveur. Fais en bon usage. »
« Je saurai me montrer digne de votre confiance, mon Père. »
[HRP : un charme de faveur]
"Un coup de dés jamais n'abolira le hasard."
Stéphane Mallarmé
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Re: Prologue
Kyriel
Le moins que l'on puisse dire était que Kyriel en avait vu de dure.
Il s'était fait son trou à Athènes. Ca avait pris du temps. La guilde, celle que l'on appelait la Maison des Marchands, l'avait accueilli et ça avait fonctionné pour un temps. Mais une affaire désastreuse avait eu raison de la loyauté de certains de ses membres et Kyriel avait préféré partir.
De ville en ville, de proche en proche, il s'était retrouvé à Alexandrie. La capitale egyptienne était cinq fois plus grande qu'Athènes et affichait une expansion galopante, sans doute depuis plusieurs dizaines d'années.
Mais à l'heure actuelle, sa population s'était réduite suite à la campagne militaire de l'Empereur-Mage dans le grand Nord. Une situation qui pouvait se révéler profitable pour un homme comme Kyriel, habitué à "dénicher" ce dont il avait besoin.
Très rapidement, il fut repéré. On lui fit miroiter la protection de la Guilde Des Voleurs. L'affaire était tentante, mais il avait déjà gouté de ce pain-là et ça n'avait pas été concluant. Il préférait rester indépendant. On lui fit comprendre qu'il n'avait pas le choix, en fait. Sans façon, merci.
Il avait fait semblant de marcher. Fait quelques contrats qui fonctionnèrent. Cela aurait pu convenir... Un soir, il fut amené au Temple de Seth. La grande tour noire dont les portes ne s'ouvraient qu'à midi et à minuit.
Dans une grande salle circulaire, ornée d'un bassin en son centre, étaient réunis une petite centaine de personnes, dont la plupart était masqué. Plusieurs gardes de près de deux mètres gardaient les issues, ils n'avaient pas l'air commode. Le simple fait de les regarder donnait des sueurs froides.
Il fut présenté à celui qu'on surnommait L'Aumonier, qui n'était autre qu'un des quatre Grands Prêtres de Seth. Grand, mince, cheveux sombres et yeux verts. Surtout ne pas le regarder dans les yeux.
« Kyriel, n'est ce pas ? On me dit que tu es une bonne recrue... Mais je crois que tu caches un peu ton jeu... » Il était amical, chaleureux...
Kyriel s'abstint de répondre, attendant la suite.
« Grec, hum... en "exil"... tu peux trouver ta place, ici, tu sais. Nous prenons soin les uns des autres, quoiqu'il arrive. Si tu tombes d'un toit par exemple, et que tu perds l'usage de tes jambes, tu ne seras pas abandonné. » Il leva les mains comme pour se défendre : « Non, non, ce n'est pas une menace. Les accidents, ça arrive, tu en as forcément déjà vu. Pas vrai ? La mort, c'est rapide, mais se retrouver invalide, c'est ça le pire, non ? »
Pas faux. Mais il avait déjà entendu ça avant. Il hocha la tête néanmoins.
« En revanche, nous devons garder le contrôle. Nous ne tolérons pas les indépendants, surtout quand ils sont doués. Tu peux le comprendre, n'est-ce pas ? »
Kyriel acquiesca, toujours silencieux.
« Bien. Je vais te présenter à un de nos bienfaiteurs. Il a quelques affaires intéressantes à te proposer. »
L'Aumonier fit un geste et un homme masqué s'approcha d'eux. Il était vêtu entierement de couleurs sombres, mais ses vêtements, quoique sobres, étaient de bonnes qualités. Il ne portait aucun bijou, mais ses mains gardaient les traces de bagues qu'il avait dû enlever avant de venir. Trop distinctive peut-être, ou peur de se les faire voler...
« Bonsoir jeune homme. » dit-il d'une voix grave. « Tu peux m'appeler Fari. Si tu es d'accord pour faire quelques "courses" pour moi, retrouve moi après la cérémonie à la Maison aux Mille Rubis, dans le Salon de la Soie. »
La "messe noire" commença. Kyriel ne savait pas à quoi s'attendre, et il fut heureusement déçu. Le sermon, assez banal, enjoignait les fidèles à "prendre possession de ce qu'ils méritaient de droit" et à partager avec leurs frères de la communauté. La solidarité devait rester la base de leurs relations. Blablabla...
La cérémonie se conclut avec le sacrifice rituel, non pas d'une vierge, mais d'un serpent, dont le sang fut versé dans un grand calice et mélangé avec ce qui semblait être du vin. Une trentaine de personnes vinrent boire de ce sinistre breuvage. Kyriel croisa le regard d'un de ceux-là, ce qu'il vit le terrifia...
Sortant enfin de là, Kyriel se rendit comme convenu à la Maison aux Mille Rubis. Une luxueuse maison close comme il en avait déjà vu plus d'une fois.
Fari lui confia une série de cambriolage ayant pour cible différents objets d'art, au caractère ésotérique profondément marqué.
Ces contrats étaient périlleux, et plus d'une fois Kyriel s'en sortit de justesse. Il chercha un moyen de s'en sortir et pour se faire enquêta discrètement sur son mystérieux commanditaire.
Il découvrit sans peine sa véritable identité, un notable très influent du nom de Bakadja. Mais il manqua de discrétion.
Il fut cueilli et présenté devant lui, visiblement dans sa propre maison. On le tortura un peu, pour le plaisir car il n'avait rien à dévoiler. Il parvint à se libérer mais dans sa fuite il tua son bourreau. Il grappilla quelques objets au vol, détala vers le port et monta dans le premier navire en partance...
[HRP : une armure de cuir +1 de dissimulation
une potion d'invisibilité]
Le moins que l'on puisse dire était que Kyriel en avait vu de dure.
Il s'était fait son trou à Athènes. Ca avait pris du temps. La guilde, celle que l'on appelait la Maison des Marchands, l'avait accueilli et ça avait fonctionné pour un temps. Mais une affaire désastreuse avait eu raison de la loyauté de certains de ses membres et Kyriel avait préféré partir.
De ville en ville, de proche en proche, il s'était retrouvé à Alexandrie. La capitale egyptienne était cinq fois plus grande qu'Athènes et affichait une expansion galopante, sans doute depuis plusieurs dizaines d'années.
Mais à l'heure actuelle, sa population s'était réduite suite à la campagne militaire de l'Empereur-Mage dans le grand Nord. Une situation qui pouvait se révéler profitable pour un homme comme Kyriel, habitué à "dénicher" ce dont il avait besoin.
Très rapidement, il fut repéré. On lui fit miroiter la protection de la Guilde Des Voleurs. L'affaire était tentante, mais il avait déjà gouté de ce pain-là et ça n'avait pas été concluant. Il préférait rester indépendant. On lui fit comprendre qu'il n'avait pas le choix, en fait. Sans façon, merci.
Il avait fait semblant de marcher. Fait quelques contrats qui fonctionnèrent. Cela aurait pu convenir... Un soir, il fut amené au Temple de Seth. La grande tour noire dont les portes ne s'ouvraient qu'à midi et à minuit.
Dans une grande salle circulaire, ornée d'un bassin en son centre, étaient réunis une petite centaine de personnes, dont la plupart était masqué. Plusieurs gardes de près de deux mètres gardaient les issues, ils n'avaient pas l'air commode. Le simple fait de les regarder donnait des sueurs froides.
Il fut présenté à celui qu'on surnommait L'Aumonier, qui n'était autre qu'un des quatre Grands Prêtres de Seth. Grand, mince, cheveux sombres et yeux verts. Surtout ne pas le regarder dans les yeux.
« Kyriel, n'est ce pas ? On me dit que tu es une bonne recrue... Mais je crois que tu caches un peu ton jeu... » Il était amical, chaleureux...
Kyriel s'abstint de répondre, attendant la suite.
« Grec, hum... en "exil"... tu peux trouver ta place, ici, tu sais. Nous prenons soin les uns des autres, quoiqu'il arrive. Si tu tombes d'un toit par exemple, et que tu perds l'usage de tes jambes, tu ne seras pas abandonné. » Il leva les mains comme pour se défendre : « Non, non, ce n'est pas une menace. Les accidents, ça arrive, tu en as forcément déjà vu. Pas vrai ? La mort, c'est rapide, mais se retrouver invalide, c'est ça le pire, non ? »
Pas faux. Mais il avait déjà entendu ça avant. Il hocha la tête néanmoins.
« En revanche, nous devons garder le contrôle. Nous ne tolérons pas les indépendants, surtout quand ils sont doués. Tu peux le comprendre, n'est-ce pas ? »
Kyriel acquiesca, toujours silencieux.
« Bien. Je vais te présenter à un de nos bienfaiteurs. Il a quelques affaires intéressantes à te proposer. »
L'Aumonier fit un geste et un homme masqué s'approcha d'eux. Il était vêtu entierement de couleurs sombres, mais ses vêtements, quoique sobres, étaient de bonnes qualités. Il ne portait aucun bijou, mais ses mains gardaient les traces de bagues qu'il avait dû enlever avant de venir. Trop distinctive peut-être, ou peur de se les faire voler...
« Bonsoir jeune homme. » dit-il d'une voix grave. « Tu peux m'appeler Fari. Si tu es d'accord pour faire quelques "courses" pour moi, retrouve moi après la cérémonie à la Maison aux Mille Rubis, dans le Salon de la Soie. »
La "messe noire" commença. Kyriel ne savait pas à quoi s'attendre, et il fut heureusement déçu. Le sermon, assez banal, enjoignait les fidèles à "prendre possession de ce qu'ils méritaient de droit" et à partager avec leurs frères de la communauté. La solidarité devait rester la base de leurs relations. Blablabla...
La cérémonie se conclut avec le sacrifice rituel, non pas d'une vierge, mais d'un serpent, dont le sang fut versé dans un grand calice et mélangé avec ce qui semblait être du vin. Une trentaine de personnes vinrent boire de ce sinistre breuvage. Kyriel croisa le regard d'un de ceux-là, ce qu'il vit le terrifia...
Sortant enfin de là, Kyriel se rendit comme convenu à la Maison aux Mille Rubis. Une luxueuse maison close comme il en avait déjà vu plus d'une fois.
Fari lui confia une série de cambriolage ayant pour cible différents objets d'art, au caractère ésotérique profondément marqué.
Ces contrats étaient périlleux, et plus d'une fois Kyriel s'en sortit de justesse. Il chercha un moyen de s'en sortir et pour se faire enquêta discrètement sur son mystérieux commanditaire.
Il découvrit sans peine sa véritable identité, un notable très influent du nom de Bakadja. Mais il manqua de discrétion.
Il fut cueilli et présenté devant lui, visiblement dans sa propre maison. On le tortura un peu, pour le plaisir car il n'avait rien à dévoiler. Il parvint à se libérer mais dans sa fuite il tua son bourreau. Il grappilla quelques objets au vol, détala vers le port et monta dans le premier navire en partance...
[HRP : une armure de cuir +1 de dissimulation
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"Un coup de dés jamais n'abolira le hasard."
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Re: Prologue
Chee
C'était le tout début de la saison froide. Les jours avaient commencé à rallonger quelques semaines plus tôt. Chee avait quitté sa tribu, au Sud-Ouest des grandes plaines désertiques de Frineh, pour rejoindre les Oupou-Tou qui s'étaient établis près du Fleuve Hutoa, non loin de l'endroit où il se jetait dans la Mer.
Les Oupou-tou, les Pieds-Agiles, étaient une tribu cousine de la sienne. Leur chef, Shani, un guerrier fort et sage, était son oncle et Chee y était toujours le bienvenu. Shani avait d'ailleurs fait parti du conseil des chefs qui l'avait promu comme porteur de nouvelles.
Le trajet représentait une bonne semaine de marche, en contournant le désert par le sud. Cela s'avérait nécessaire. Le pourtour du désert était une plaine poussièreuse parsemée d'herbes sauvages et de buissons résineux, parcourue d'animaux sauvages. Lorsque l'on s'enfonçait vers l'intérieur, les buissons devenaient des rochers et l'herbe laissait la place à du sable fin. Aucun animal ne s'y aventurait, à cause des Sheshnis, des Pouvhas et des Retesh...
Chee se trouvait maintenant abrité à flanc de colline, à quelques centaines de pas du bord de la Mer. Il lui restait peut-être deux jours de marche avant le campement Oupou-Tou.
Le soleil était en train de se coucher. Il fit un feu, qu'il préféra enterrer pour ne pas attirer l'attention, car il n'était pas impossible que les Sheshnis sortent du désert en meute pour attaquer toute forme de vie. En prenant des précautions, il ne devrait pas y avoir de problème.
Installant son paquetage, il sortit différents types de fagots ainsi que des poudres pour faire ses rituels. Respectueux du Feu, il ne mangerait qu'après.
S'agenouillant cérémonieusement, il commença à psalmodier. Puis il jeta une poignée de poudre dans le feu, provoquant des étincelles rouges. De nouvelles incantations, puis des étincelles.
Après la troisième fois, le feu prit un éclat plus sombre. Une odeur de bois brûlé différente se répandit dans l'air, qui rappelait peut-être du hêtre ou du chêne. En tout cas pas le buisson résineux ramassé dans la plaine.
Des bruits semblèrent s'échapper du foyer, que Chee avait du mal à identifier. Des bruits de conversations, dans une langue qu'il ne comprenait pas. Puis quelqu'un, une femme prononça distinctement des mots dont le sens lui était incompréhensible. Mais ce fut comme si un vent glacial soufflait sur son âme. Et il sut que quelque chose de primordial venait d'être énoncé.
Après quelques instants, le feu reprit sa couleur normale. Mais Chee avait toujours des sueurs froides. Le silence était assourdissant et il se rendit compte de l'angoissante immobilité de l'air.
Pour finir, le feu émit un claquement sec alors qu'une boule de résine s'embrasait d'un coup.
« Pardon. » fit une voix crépitante dans le feu, comme si celui-ci avait fait un bruit inconvenant.
Chee en resta muet de stupeur.
« C'est du chêne vert ? » fit encore la voix avec envie, alors qu'une langue de flamme semblait désigner un fagot à côté de lui.
« Oui. » répondit-il, trop interloqué pour faire le moindre geste.
« Oh j'adore le chêne vert ! Donne-le moi, donne-le moi, donne-le moi ! »
Chee obtempéra et jeta quelques branches sur le foyer.
« Hum... délicieux... encore ! Plus ! » puis, semblant s'aviser de quelques choses : « mais... t'es tout seul ? Ils sont où les autres ? »
« Les autres ? Quels autres ? »
« La rouquine, le ténébreux ? Les égyptiens quoi ! »
« Les quoi ?! »
Alors qu'il disait ces derniers mots, un vacarme tonitruant se fit entendre alors qu'un étrange objet, énorme, passait au dessus de sa tête, nimbé de lumière dorée. La chose se posa sur la Mer, dans de grandes gerbes d'eau, à quelques centaines de pas de là.
Il regardait encore la chose lorsque dans le lointain, derrière lui, retentit de sinistres aboiements...
[HRP : un bouclier +1, +3 contre les projectiles]
C'était le tout début de la saison froide. Les jours avaient commencé à rallonger quelques semaines plus tôt. Chee avait quitté sa tribu, au Sud-Ouest des grandes plaines désertiques de Frineh, pour rejoindre les Oupou-Tou qui s'étaient établis près du Fleuve Hutoa, non loin de l'endroit où il se jetait dans la Mer.
Les Oupou-tou, les Pieds-Agiles, étaient une tribu cousine de la sienne. Leur chef, Shani, un guerrier fort et sage, était son oncle et Chee y était toujours le bienvenu. Shani avait d'ailleurs fait parti du conseil des chefs qui l'avait promu comme porteur de nouvelles.
Le trajet représentait une bonne semaine de marche, en contournant le désert par le sud. Cela s'avérait nécessaire. Le pourtour du désert était une plaine poussièreuse parsemée d'herbes sauvages et de buissons résineux, parcourue d'animaux sauvages. Lorsque l'on s'enfonçait vers l'intérieur, les buissons devenaient des rochers et l'herbe laissait la place à du sable fin. Aucun animal ne s'y aventurait, à cause des Sheshnis, des Pouvhas et des Retesh...
Chee se trouvait maintenant abrité à flanc de colline, à quelques centaines de pas du bord de la Mer. Il lui restait peut-être deux jours de marche avant le campement Oupou-Tou.
Le soleil était en train de se coucher. Il fit un feu, qu'il préféra enterrer pour ne pas attirer l'attention, car il n'était pas impossible que les Sheshnis sortent du désert en meute pour attaquer toute forme de vie. En prenant des précautions, il ne devrait pas y avoir de problème.
Installant son paquetage, il sortit différents types de fagots ainsi que des poudres pour faire ses rituels. Respectueux du Feu, il ne mangerait qu'après.
S'agenouillant cérémonieusement, il commença à psalmodier. Puis il jeta une poignée de poudre dans le feu, provoquant des étincelles rouges. De nouvelles incantations, puis des étincelles.
Après la troisième fois, le feu prit un éclat plus sombre. Une odeur de bois brûlé différente se répandit dans l'air, qui rappelait peut-être du hêtre ou du chêne. En tout cas pas le buisson résineux ramassé dans la plaine.
Des bruits semblèrent s'échapper du foyer, que Chee avait du mal à identifier. Des bruits de conversations, dans une langue qu'il ne comprenait pas. Puis quelqu'un, une femme prononça distinctement des mots dont le sens lui était incompréhensible. Mais ce fut comme si un vent glacial soufflait sur son âme. Et il sut que quelque chose de primordial venait d'être énoncé.
Après quelques instants, le feu reprit sa couleur normale. Mais Chee avait toujours des sueurs froides. Le silence était assourdissant et il se rendit compte de l'angoissante immobilité de l'air.
Pour finir, le feu émit un claquement sec alors qu'une boule de résine s'embrasait d'un coup.
« Pardon. » fit une voix crépitante dans le feu, comme si celui-ci avait fait un bruit inconvenant.
Chee en resta muet de stupeur.
« C'est du chêne vert ? » fit encore la voix avec envie, alors qu'une langue de flamme semblait désigner un fagot à côté de lui.
« Oui. » répondit-il, trop interloqué pour faire le moindre geste.
« Oh j'adore le chêne vert ! Donne-le moi, donne-le moi, donne-le moi ! »
Chee obtempéra et jeta quelques branches sur le foyer.
« Hum... délicieux... encore ! Plus ! » puis, semblant s'aviser de quelques choses : « mais... t'es tout seul ? Ils sont où les autres ? »
« Les autres ? Quels autres ? »
« La rouquine, le ténébreux ? Les égyptiens quoi ! »
« Les quoi ?! »
Alors qu'il disait ces derniers mots, un vacarme tonitruant se fit entendre alors qu'un étrange objet, énorme, passait au dessus de sa tête, nimbé de lumière dorée. La chose se posa sur la Mer, dans de grandes gerbes d'eau, à quelques centaines de pas de là.
Il regardait encore la chose lorsque dans le lointain, derrière lui, retentit de sinistres aboiements...
[HRP : un bouclier +1, +3 contre les projectiles]
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Re: Prologue
Blint Astham
Le moine avait longuement souffert. Le massacre de son village, Neba, et de son monastère, dix années de vengeance amère, et deux années de voeux de silence... Il lui restait un jour avant de pouvoir reprendre la parole... mais tout cela lui paraissait dérisoire. Douze années de méditation perturbée par le bruit qu'il avait dans la tête. Le Père Senefy avait été trop bon avec lui.
De temps en temps, de plus en plus souvent, il entendait des voix qui l'appelaient, de manière indistincte. Parfois, il reconnaissait sa mère ou bien Maître Eo...
Il était la, dans sa petite cellule sans lit, avec une table et une chaise dans un coin, une chandelle. Assis en tailleur, Blint faisait péniblement le vide dans sa tête.
« Blint... »
Il ouvrit les yeux subitement. Cette voix qui l'appelait n'avait jamais été aussi claire. Il tourna la tête de toutes parts, mais il n'y avait personne d'autre ici. Il referma les yeux.
« Écoute moi ! »
Il sursauta. La voix de Maître Danasha, mécontent.
Blint se leva. C'est alors qu'il remarqua l'objet sur le bureau. Ses poils se hérissèrent. Un petit morceau d'os creux, scellé des deux côtés par de la cire. Il le reconnaissait bien : c'était un fragment du tibia de Saint Ahmès. Il lui avait confié une petite mèche de cheveux de toutes les victimes, comme un témoin, avant de se lancer dans sa quête de vengeance.
Le Père Senefy l'avait rangé dans un reliquaire ce jour là, quand il s'était rendu.
Regardant autour de lui encore une fois, il s'approcha. Finalement, il le saisit. Ce fut comme s'il ouvrait la porte d'une pièce pleine de monde. Une rumeur assourdissante l'assaillit, puis de nouveau le silence.
Un souffle d'air froid, comme une grande respiration glacée, le transpercait. Lentement, il se retourna.
Il mit du temps à comprendre ce qu'il voyait. La foule silencieuse aurait eu du mal en temps normal à se présenter ainsi dans sa minuscule cellule de pénitence.
Pourtant, tout le monde tenait. Maître Danasha en tête, puis Maître Eo et sa mère. Le forgeron du village, le tanneur. D'autres moines du monastère... quelques uns de l'Ordre de la Roue Céleste, qu'il avait tué de ses mains. Derrière ces silhouettes transparentes, il devinait même l'ombre miroitante, presque timide, de son père...
Tous affichaient la même expression de colère froide. Ce fut Maître Danasha qui prit la parole.
« Comment as tu pu ? Je t'avais dit de partir, de mettre la Relique en sécurité. Et qu'as tu fait ? Tu l'as détruite pour en faire une oeuvre de vengeance. Ce que tu as fait est Mal. »
Sa mère derrière lui était en larme. Maître Eo était déçu et il lui jetait un regard cruellement accusateur.
Le pire était, mais peut être était ce normal... le pire était que son voeu de silence l'empêchait de prendre la parole pour se défendre, s'expliquer. Il tomba à genoux, de chaudes larmes ruisselant sur ses joues.
« Il nous a tous déshonoré ! » cria quelqu'un derrière, et une rumeur inhumaine monta comme une vague pour s'arrêter contre Maître Danasha, dont la fureur glaciale et silencieuse était sans compassion.
« Et nous alors, » intervint un jeune moine de l'Ordre de la Roue Céleste, « il nous a tué sans raison. Nous n'étions même pas là ce jour-là, nous ne faisions même pas parti de ce monastère à l'époque ! »
De nouveau la rumeur accablante s'enfla et se termina derrière le père. Mais quand celui-ci prit la parole, ce fut pire que tout.
« Tu t'es fait l'instrument du Chaos. Le Serpent est en toi. »
***************************************
Le lendemain matin, Blint se présenta au bureau du Père Senefy. Celui-ci le regarda étrangement quand il entra dans la pièce pour la fin de son voeu de silence. Il faut dire que, dans la nuit, son dos s'était vouté et une mèche de ses cheveux avait blanchi.
Blint ne dit mot. Il se contenta de poser le morceau de tibia sur le bureau du Père Abbé.
A nouveau celui-ci, un homme d'age mûr à la peau sombre, le regarda avec étonnement et suspicion. Blint leva les deux mains pour se défendre, toujours silencieux.
Senefy saisit la Relique avec précaution et la rangea dans une bourse de cuir à sa ceinture.
Ce fut à ce moment que le secrétaire annonça : « Le Père Tahonskha, de l'Ordre de la Roue Céleste, vient d'arriver. »
Blint blanchit, puis rougit.
« Faites le entrer, puis restez avec nous, Frère Lhom, en votre qualité de témoin. » répondit Senefy sans un regard pour le moine.
Un homme d'une belle vitalité entra. Il portait une bure rouge, comme Senefy ou Danasha, ainsi qu'un collier de perles de bois. Il était suivi de Frère Lhom, le secrétaire du Père Senefy.
« Salut vieille branche, » dit Tahonskha sans cérémonie.
« Tu as encore grandi ! » lui répondit l'autre en lui donnant l'accolade. Les deux hommes se connaissaient visiblement depuis longtemps.
« Voici Frère Blint. » le présenta le Père Senefy.
Le Père Tahonskha le regarda droit dans les yeux, sans ciller, et ce fut Blint qui détourna la tête. Aucun des deux hommes ne prononça un mot.
« Asseyons-nous autour de la table, nous avons beaucoup de choses à discuter. » reprit Senefy.
« En effet. » dit Tahonskha.
Les quatre hommes s'asséyèrent autour d'une table ronde. Lhom se préparait à retranscrire la conversation sur parchemin.
« Le massacre du village de Neba et de son monastère par le monastère de Tisaqq a été élucidé. » commença Tahonskha. « Cela a pris beaucoup de temps, l'ennemi a été rusé comme le serpent, mais nous avons réussi à démêler cette affaire. Des années d'enquète minutieuse menée par le couvent de Sainte Salma. »
Blint n'en croyait pas ses oreilles.
« Le monastère de Tisaqq était vérolé en profondeur. » poursuivit Tahonskha. « Il a suffit d'une poignée de moines corrompus, qui ont su faire renaître une rivalité ancienne, pour mettre le feu aux poudres. Les nonnes de Sainte Salma se sont chargées de mettre fin à leurs actions. Le monastère de Tisaqq est maintenant purifié. »
Des moines corrompus... des fidèles d'Apep...
Le Père prit un ton solennel pour dire : « L'Ordre de la Roue Céleste présente ses plus humbles excuses a l'Ordre de l'Ibis du Soir pour le massacre de Neba. Le ménage a été fait dans ses rangs. » Et dans les votres ?
La question n'avait pas été posée à haute voix... et pourtant Blint l'avait bien entendu...
Senefy répondit : « L'Ordre de l'Ibis du Soir reçoit et accepte les excuses de l'Ordre de la Roue Céleste. Il le remercie d'avoir pris les choses en main pour faire la lumière sur cette sinistre affaire. Reste le cas de Frère Blint. »
Il fit une petite pause, puis reprit : « Très rapidement après le massacre, Frère Blint s'est présenté ici, comme c'était son devoir. Il ramenait les fragments de la Relique de Saint Ahmès, son tibia, apparemment brisé pendant l'attaque. Puis il disparut. Pendant dix ans. Quand je l'ai vu revenir, je savais déjà qu'il s'était lancé dans une vendetta sanglante, et surtout aveugle, contre l'Ordre de la Roue Céleste. Il m'a alors tout avoué, tout ses meurtres, et même avoir lui-même brisé la Relique pour en conserver un morceau comme témoin de son action. J'ai jugé son repentir sincère et je l'ai astreint à une pénitence sévère de deux années de silence, d'isolement et d'i'nterdiction d'enseigner. Dans l'intervalle, j'ai contacté l'Ordre de la Roue Céleste pour qu'une enquête puisse être menée. »
Tahonskha regardait Blint avec un regard dur comme l'acier. « L'Ordre de la Roue Céleste est en droit de demander réparation pour toutes ces morts inutiles »
« L'Ordre de l'Ibis du Soir a perdu un monastère entier ainsi que tout un village parce que l'Ordre de la Roue Céleste s'est laissé infiltré par des apepistes. Mieux vaut s'estimer quite plutôt que de faire des comptes malheureux. »
Tahonskha prit un profonde respiration, et Blint crut qu'il allait exploser. Mais il relacha sa respiration doucement et répondit : « Certes. Mais je me permets de te dire, mon ami, que tu es trop bon avec ton moine. »
Une sueur froide commença à couler le long de la colonne vertébrale de Blint. Ramenant ses mains dans son giron, il sentit un drôle d'objet dans les plis de sa bure, en même temps qu'un brusque chuintement couvrit la réponse de Senefy. Il prit l'objet et le posa brusquement au centre de la table comme s'il était en feu.
Les trois autres hommes sursautèrent. Ils restèrent un petit moment à contempler la Relique scélée à la cire, alors que Senefy vérifiait de la main la bourse qu'il avait à la ceinture. Vide.
« Expliquez vous. » intima Senefy.
Toujours silencieux, Blint se contenta de lever les mains en signe d'innocence. C'est à ce moment que le Père Abbé se rendit compte que Blint avait maintenu son voeu de silence.
Tahonskha allait prendre la parole pour demander des explications lui aussi lorsque la Relique bougea soudainement, rampa sur la table pour se rapprocher de Blint. Les trois hommes sursautèrent à nouveau et se levèrent tandis que Blint regardait la chose avec des yeux éberlués.
La Relique ne s'immobilisa qu'une fois dans la main de Blint. Elle était clairement sa possession.
***************************************
Suite à cet évènement, le Père Senefy ordonna un jeûne d'un mois dans le monastère entier. Tous les moines entrèrent en méditation profonde, et Blint poursuivit sa pénitence.
Une fois le mois écoulé, le Père Abbé fit venir Blint à nouveau.
Quand celui-ci se présenta, Senefy regardait pensivement la pluie tomber sur le Nil à travers la fenêtre de son bureau. Il ne semblait qu'à peine affecter par le long jeûne qu'il s'était infligé et Blint devina qu'il avait sans doute méditer tout le long sans discontinuer. Seul les moines les plus fort mentalement en étaient capable.
« Frère Blint, vous allez partir en pèlerinage. Longer le Fleuve Sacré et vous arrêter à tous les temples voués à Thot. Vous y ferez bénir la Sainte Relique, à chaque fois. Sur la route, vous mendierez pour le logis et le couvert. Vous ne pourrez pas refuser d'aider les personnes dans le besoin, aucun service ne sera en dessous de vous. Vous n'accepterez pas de compensation ou de rémunération d'aucune sorte. »
Le Père Abbé fit une pause, puis se tourna vers lui : « A Alexandrie, en l'absence du Grand Prêtre de Thot, vous vous présenterez à la Grande Prêtresse d'Isis, ou à défaut au Grand Prêtre de Geb, qui décidera seule de votre avenir. Seul un prêtre du plus haut rang pourra vous relever de vos voeux de silence et de mendicité. »
Senefy le regardait avec une expression indéfinissable, un mélange de pitié, de compassion et d'émerveillement. « Vous avez encore un long chemin à faire. » ajouta-t-il. « Saint Ahmès n'a pas fini de vous éprouver. »
Il fut ainsi fait. Blint Astham mit trois ans à parvenir à Alexandrie.
Lorsqu'il se présenta à la Grande Prêtresse d'Isis, il avait retrouvé sa stature d'antan. Son visage restait marqué par l'épreuve traversée et il subsistait dans ses cheveux une mèche argentée.
Safae le releva de ses contraintes, et il intégra les rangs du Monastère de la Grande Bibliothèque. Il prit de nouveau des étudiants et il fut connu comme le Gardien de la Sainte Relique.
***************************************
Il n'y avait pas de Père Abbé au Monastère de la Grande Bibliothèque. Il avait accompagné l'Empereur-Mage dans ses campagnes militaires, dans le grand Nord, emportant avec lui une bonne partie des moines. Il en restait une douzaine, et c'était le Père Hatu, prêtre de Thot de rang inférieur, qui assurait le double intérim du Grand Prêtre et du Père Abbé. Blint l'appréciait peu, habitué qu'il était à des moines d'une autre trempe. S'il respectait son autorité et se conformaient à ses règles, il avait gardé pour lui la consigne du Père Senefy et il continuait officieusement de rendre des comptes à Safae, la Grande Prêtresse d'Isis.
Un jour, elle le fit venir. Elle le reçut dans ses appartements. Elle était pâle comme un linge, et semblait même fiévreuse.
« Frère Blint, permettez moi de voir la Sainte Relique. »
Un peu surpris, Blint obtempéra néanmoins. Il la posa sur la table.
Safae n'y toucha pas, mais la contempla un long moment. Les expressions qui se succédaient sur son visage étaient difficiles à suivre. La Grande Prêtresse semblait engagée dans une vive conversation.
Finalement, elle murmura : « Oui, c'est sans doute mieux ainsi... »
Elle se releva et se dirigea vers une étagère lourde d'ouvrages et d'objets ésotériques. Elle contempla un instant une orbe qui y était posée. Puis elle se retourna vers Blint.
« Frère Blint, êtes vous au courant de la prochaine expédition vers l'espace ? »
« Oui, un de mes étudiants m'en a parlé. » répondit-il, et même si Pahemka ne lui en avait pas parlé, il l'aurait su par l'agitation qui régnait à la Grande Bibliothèque. « Pahemka fera parti du voyage. »
Safae hocha la tête. « Vous aussi, vous devez y aller. J'ai fait un rêve : le combat contre le Serpent va se porter ailleurs. C'est votre Epreuve. Vous ne recouvrirez véritablement votre statut qu'une fois cette Epreuve passée. »
« Ainsi soit-il. » répondit-il.
[HRP : La Sainte Relique]
Le moine avait longuement souffert. Le massacre de son village, Neba, et de son monastère, dix années de vengeance amère, et deux années de voeux de silence... Il lui restait un jour avant de pouvoir reprendre la parole... mais tout cela lui paraissait dérisoire. Douze années de méditation perturbée par le bruit qu'il avait dans la tête. Le Père Senefy avait été trop bon avec lui.
De temps en temps, de plus en plus souvent, il entendait des voix qui l'appelaient, de manière indistincte. Parfois, il reconnaissait sa mère ou bien Maître Eo...
Il était la, dans sa petite cellule sans lit, avec une table et une chaise dans un coin, une chandelle. Assis en tailleur, Blint faisait péniblement le vide dans sa tête.
« Blint... »
Il ouvrit les yeux subitement. Cette voix qui l'appelait n'avait jamais été aussi claire. Il tourna la tête de toutes parts, mais il n'y avait personne d'autre ici. Il referma les yeux.
« Écoute moi ! »
Il sursauta. La voix de Maître Danasha, mécontent.
Blint se leva. C'est alors qu'il remarqua l'objet sur le bureau. Ses poils se hérissèrent. Un petit morceau d'os creux, scellé des deux côtés par de la cire. Il le reconnaissait bien : c'était un fragment du tibia de Saint Ahmès. Il lui avait confié une petite mèche de cheveux de toutes les victimes, comme un témoin, avant de se lancer dans sa quête de vengeance.
Le Père Senefy l'avait rangé dans un reliquaire ce jour là, quand il s'était rendu.
Regardant autour de lui encore une fois, il s'approcha. Finalement, il le saisit. Ce fut comme s'il ouvrait la porte d'une pièce pleine de monde. Une rumeur assourdissante l'assaillit, puis de nouveau le silence.
Un souffle d'air froid, comme une grande respiration glacée, le transpercait. Lentement, il se retourna.
Il mit du temps à comprendre ce qu'il voyait. La foule silencieuse aurait eu du mal en temps normal à se présenter ainsi dans sa minuscule cellule de pénitence.
Pourtant, tout le monde tenait. Maître Danasha en tête, puis Maître Eo et sa mère. Le forgeron du village, le tanneur. D'autres moines du monastère... quelques uns de l'Ordre de la Roue Céleste, qu'il avait tué de ses mains. Derrière ces silhouettes transparentes, il devinait même l'ombre miroitante, presque timide, de son père...
Tous affichaient la même expression de colère froide. Ce fut Maître Danasha qui prit la parole.
« Comment as tu pu ? Je t'avais dit de partir, de mettre la Relique en sécurité. Et qu'as tu fait ? Tu l'as détruite pour en faire une oeuvre de vengeance. Ce que tu as fait est Mal. »
Sa mère derrière lui était en larme. Maître Eo était déçu et il lui jetait un regard cruellement accusateur.
Le pire était, mais peut être était ce normal... le pire était que son voeu de silence l'empêchait de prendre la parole pour se défendre, s'expliquer. Il tomba à genoux, de chaudes larmes ruisselant sur ses joues.
« Il nous a tous déshonoré ! » cria quelqu'un derrière, et une rumeur inhumaine monta comme une vague pour s'arrêter contre Maître Danasha, dont la fureur glaciale et silencieuse était sans compassion.
« Et nous alors, » intervint un jeune moine de l'Ordre de la Roue Céleste, « il nous a tué sans raison. Nous n'étions même pas là ce jour-là, nous ne faisions même pas parti de ce monastère à l'époque ! »
De nouveau la rumeur accablante s'enfla et se termina derrière le père. Mais quand celui-ci prit la parole, ce fut pire que tout.
« Tu t'es fait l'instrument du Chaos. Le Serpent est en toi. »
***************************************
Le lendemain matin, Blint se présenta au bureau du Père Senefy. Celui-ci le regarda étrangement quand il entra dans la pièce pour la fin de son voeu de silence. Il faut dire que, dans la nuit, son dos s'était vouté et une mèche de ses cheveux avait blanchi.
Blint ne dit mot. Il se contenta de poser le morceau de tibia sur le bureau du Père Abbé.
A nouveau celui-ci, un homme d'age mûr à la peau sombre, le regarda avec étonnement et suspicion. Blint leva les deux mains pour se défendre, toujours silencieux.
Senefy saisit la Relique avec précaution et la rangea dans une bourse de cuir à sa ceinture.
Ce fut à ce moment que le secrétaire annonça : « Le Père Tahonskha, de l'Ordre de la Roue Céleste, vient d'arriver. »
Blint blanchit, puis rougit.
« Faites le entrer, puis restez avec nous, Frère Lhom, en votre qualité de témoin. » répondit Senefy sans un regard pour le moine.
Un homme d'une belle vitalité entra. Il portait une bure rouge, comme Senefy ou Danasha, ainsi qu'un collier de perles de bois. Il était suivi de Frère Lhom, le secrétaire du Père Senefy.
« Salut vieille branche, » dit Tahonskha sans cérémonie.
« Tu as encore grandi ! » lui répondit l'autre en lui donnant l'accolade. Les deux hommes se connaissaient visiblement depuis longtemps.
« Voici Frère Blint. » le présenta le Père Senefy.
Le Père Tahonskha le regarda droit dans les yeux, sans ciller, et ce fut Blint qui détourna la tête. Aucun des deux hommes ne prononça un mot.
« Asseyons-nous autour de la table, nous avons beaucoup de choses à discuter. » reprit Senefy.
« En effet. » dit Tahonskha.
Les quatre hommes s'asséyèrent autour d'une table ronde. Lhom se préparait à retranscrire la conversation sur parchemin.
« Le massacre du village de Neba et de son monastère par le monastère de Tisaqq a été élucidé. » commença Tahonskha. « Cela a pris beaucoup de temps, l'ennemi a été rusé comme le serpent, mais nous avons réussi à démêler cette affaire. Des années d'enquète minutieuse menée par le couvent de Sainte Salma. »
Blint n'en croyait pas ses oreilles.
« Le monastère de Tisaqq était vérolé en profondeur. » poursuivit Tahonskha. « Il a suffit d'une poignée de moines corrompus, qui ont su faire renaître une rivalité ancienne, pour mettre le feu aux poudres. Les nonnes de Sainte Salma se sont chargées de mettre fin à leurs actions. Le monastère de Tisaqq est maintenant purifié. »
Des moines corrompus... des fidèles d'Apep...
Le Père prit un ton solennel pour dire : « L'Ordre de la Roue Céleste présente ses plus humbles excuses a l'Ordre de l'Ibis du Soir pour le massacre de Neba. Le ménage a été fait dans ses rangs. » Et dans les votres ?
La question n'avait pas été posée à haute voix... et pourtant Blint l'avait bien entendu...
Senefy répondit : « L'Ordre de l'Ibis du Soir reçoit et accepte les excuses de l'Ordre de la Roue Céleste. Il le remercie d'avoir pris les choses en main pour faire la lumière sur cette sinistre affaire. Reste le cas de Frère Blint. »
Il fit une petite pause, puis reprit : « Très rapidement après le massacre, Frère Blint s'est présenté ici, comme c'était son devoir. Il ramenait les fragments de la Relique de Saint Ahmès, son tibia, apparemment brisé pendant l'attaque. Puis il disparut. Pendant dix ans. Quand je l'ai vu revenir, je savais déjà qu'il s'était lancé dans une vendetta sanglante, et surtout aveugle, contre l'Ordre de la Roue Céleste. Il m'a alors tout avoué, tout ses meurtres, et même avoir lui-même brisé la Relique pour en conserver un morceau comme témoin de son action. J'ai jugé son repentir sincère et je l'ai astreint à une pénitence sévère de deux années de silence, d'isolement et d'i'nterdiction d'enseigner. Dans l'intervalle, j'ai contacté l'Ordre de la Roue Céleste pour qu'une enquête puisse être menée. »
Tahonskha regardait Blint avec un regard dur comme l'acier. « L'Ordre de la Roue Céleste est en droit de demander réparation pour toutes ces morts inutiles »
« L'Ordre de l'Ibis du Soir a perdu un monastère entier ainsi que tout un village parce que l'Ordre de la Roue Céleste s'est laissé infiltré par des apepistes. Mieux vaut s'estimer quite plutôt que de faire des comptes malheureux. »
Tahonskha prit un profonde respiration, et Blint crut qu'il allait exploser. Mais il relacha sa respiration doucement et répondit : « Certes. Mais je me permets de te dire, mon ami, que tu es trop bon avec ton moine. »
Une sueur froide commença à couler le long de la colonne vertébrale de Blint. Ramenant ses mains dans son giron, il sentit un drôle d'objet dans les plis de sa bure, en même temps qu'un brusque chuintement couvrit la réponse de Senefy. Il prit l'objet et le posa brusquement au centre de la table comme s'il était en feu.
Les trois autres hommes sursautèrent. Ils restèrent un petit moment à contempler la Relique scélée à la cire, alors que Senefy vérifiait de la main la bourse qu'il avait à la ceinture. Vide.
« Expliquez vous. » intima Senefy.
Toujours silencieux, Blint se contenta de lever les mains en signe d'innocence. C'est à ce moment que le Père Abbé se rendit compte que Blint avait maintenu son voeu de silence.
Tahonskha allait prendre la parole pour demander des explications lui aussi lorsque la Relique bougea soudainement, rampa sur la table pour se rapprocher de Blint. Les trois hommes sursautèrent à nouveau et se levèrent tandis que Blint regardait la chose avec des yeux éberlués.
La Relique ne s'immobilisa qu'une fois dans la main de Blint. Elle était clairement sa possession.
***************************************
Suite à cet évènement, le Père Senefy ordonna un jeûne d'un mois dans le monastère entier. Tous les moines entrèrent en méditation profonde, et Blint poursuivit sa pénitence.
Une fois le mois écoulé, le Père Abbé fit venir Blint à nouveau.
Quand celui-ci se présenta, Senefy regardait pensivement la pluie tomber sur le Nil à travers la fenêtre de son bureau. Il ne semblait qu'à peine affecter par le long jeûne qu'il s'était infligé et Blint devina qu'il avait sans doute méditer tout le long sans discontinuer. Seul les moines les plus fort mentalement en étaient capable.
« Frère Blint, vous allez partir en pèlerinage. Longer le Fleuve Sacré et vous arrêter à tous les temples voués à Thot. Vous y ferez bénir la Sainte Relique, à chaque fois. Sur la route, vous mendierez pour le logis et le couvert. Vous ne pourrez pas refuser d'aider les personnes dans le besoin, aucun service ne sera en dessous de vous. Vous n'accepterez pas de compensation ou de rémunération d'aucune sorte. »
Le Père Abbé fit une pause, puis se tourna vers lui : « A Alexandrie, en l'absence du Grand Prêtre de Thot, vous vous présenterez à la Grande Prêtresse d'Isis, ou à défaut au Grand Prêtre de Geb, qui décidera seule de votre avenir. Seul un prêtre du plus haut rang pourra vous relever de vos voeux de silence et de mendicité. »
Senefy le regardait avec une expression indéfinissable, un mélange de pitié, de compassion et d'émerveillement. « Vous avez encore un long chemin à faire. » ajouta-t-il. « Saint Ahmès n'a pas fini de vous éprouver. »
Il fut ainsi fait. Blint Astham mit trois ans à parvenir à Alexandrie.
Lorsqu'il se présenta à la Grande Prêtresse d'Isis, il avait retrouvé sa stature d'antan. Son visage restait marqué par l'épreuve traversée et il subsistait dans ses cheveux une mèche argentée.
Safae le releva de ses contraintes, et il intégra les rangs du Monastère de la Grande Bibliothèque. Il prit de nouveau des étudiants et il fut connu comme le Gardien de la Sainte Relique.
***************************************
Il n'y avait pas de Père Abbé au Monastère de la Grande Bibliothèque. Il avait accompagné l'Empereur-Mage dans ses campagnes militaires, dans le grand Nord, emportant avec lui une bonne partie des moines. Il en restait une douzaine, et c'était le Père Hatu, prêtre de Thot de rang inférieur, qui assurait le double intérim du Grand Prêtre et du Père Abbé. Blint l'appréciait peu, habitué qu'il était à des moines d'une autre trempe. S'il respectait son autorité et se conformaient à ses règles, il avait gardé pour lui la consigne du Père Senefy et il continuait officieusement de rendre des comptes à Safae, la Grande Prêtresse d'Isis.
Un jour, elle le fit venir. Elle le reçut dans ses appartements. Elle était pâle comme un linge, et semblait même fiévreuse.
« Frère Blint, permettez moi de voir la Sainte Relique. »
Un peu surpris, Blint obtempéra néanmoins. Il la posa sur la table.
Safae n'y toucha pas, mais la contempla un long moment. Les expressions qui se succédaient sur son visage étaient difficiles à suivre. La Grande Prêtresse semblait engagée dans une vive conversation.
Finalement, elle murmura : « Oui, c'est sans doute mieux ainsi... »
Elle se releva et se dirigea vers une étagère lourde d'ouvrages et d'objets ésotériques. Elle contempla un instant une orbe qui y était posée. Puis elle se retourna vers Blint.
« Frère Blint, êtes vous au courant de la prochaine expédition vers l'espace ? »
« Oui, un de mes étudiants m'en a parlé. » répondit-il, et même si Pahemka ne lui en avait pas parlé, il l'aurait su par l'agitation qui régnait à la Grande Bibliothèque. « Pahemka fera parti du voyage. »
Safae hocha la tête. « Vous aussi, vous devez y aller. J'ai fait un rêve : le combat contre le Serpent va se porter ailleurs. C'est votre Epreuve. Vous ne recouvrirez véritablement votre statut qu'une fois cette Epreuve passée. »
« Ainsi soit-il. » répondit-il.
[HRP : La Sainte Relique]
"Un coup de dés jamais n'abolira le hasard."
Stéphane Mallarmé
Qui suis-je ?
Terres de Leyt - Eterny : Sidi Sabah
Les sentiers de la gloire : Kial Guilby
Les chroniques du chaos : Hector Cuivrare
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