
Jezra Wagner, la Reine de Glace (spectre)
Climat/Terrain Barovie (Mont Baratok) |
Fréquence Unique |
Organisation Solitaire |
Cycle actif Les nuits d'hiver |
Régime La chaleur du corps |
Intelligence Élevée (14) |
Trésor (Q x 3) |
Alignement Loyal mauvais |
Nombre 1 |
Classe d'Armure 2 |
Déplacement 15, v 30 (B) |
Dés de Vie 7+3 (47 pv) |
TACO 13 |
Nb d'attaques 1 |
Dégâts/Attaque 2-16 (2d8) |
Attaques spéciales Absorber la chaleur |
Défenses spéciales Touché par des armes +1, ou mieux |
Résistance magique — |
Taille M (1,55 m) |
Moral Champion (16) |
Valeur en PX 7000 |

En Barovie les hivers sont rudes. Un vent glacial souffle du sommet de la chaîne des Balinoks, apportant avec lui des tempêtes de neige et un froid redoutable. Mais sur les versants du Mont Baratok, le gel et les avalanches ne sont pas les pires dangers. Car à la saison où le jour se raccourcit et la nuit se rallonge, Jezra Wagner, la Reine de Glace, quitte son tombeau pour venir hanter la montagne.
Jezra est un spectre et présente bien des similitudes avec ses congénères morts-vivants. Elle a gardé l’apparence d’une femme en pleine vie, si ce n’est que la lumière la traverse comme une illusion. Quoique de petite taille, à peine plus de 1 m 50, Jezra est d’une sublime beauté. Sa peau est diaphane, ses cheveux d’argent et ses yeux d’un bleu très pâle comme deux grands lacs gelés. Les habits de Jezra sont d’excellente facture, ce qui trahit son appartenance à la plus riche noblesse de Barovie.
Elle s’exprime de la même manière que de son vivant. Sa voix est douce et mélodieuse, mais laisse deviner un fond d’autorité. Elle connaît la langue de Barovie, mais ignore celles des domaines environnants pour être morte avant leur création. Jezra adore chanter, et le charme ensorcelant de sa voix évoque avec tant de force le malheur et la souffrance éprouvées hors de la vie, que ses litanies en ont mené plus d’un, dit la légende, vers une mort précoce.
COMBAT : Comme tous les spectres, Jezra lance sa première attaque sous forme d’un toucher glacial. Le contact de la plupart des spectres cause de graves dommages par leur force affaiblissante venant du plan négatif. C’est en partie de là que le toucher de la Reine de Glace tire toute sa puissance ; mais, dans le cas de Jezra, la façon dont elle mourût y contribue aussi. Par ce double apport, le toucher de Jezra inflige 2 à 16 (2d8) points de dégâts, soit deux fois plus que l’attaque d’un spectre ordinaire.
Jezra ne possède pas le pouvoir d’affaiblissement normal d’un spectre. Elle absorbe plutôt la chaleur corporelle de ses victimes pour chasser le froid infini qui habite son squelette fantomatique. Quiconque est atteint par son toucher glacial doit faire un jet de sauvegarde contre la Mort. Tout échec indique que le corps de la victime a été gelé, se transformant sur le champ en une structure de glace presque parfaite.
Les victimes peuvent être ramenées à la vie, mais seulement par l’intervention de grands pouvoirs magiques. Un souhait, ou même un souhait limité, sera suffisant, cependant que les sorts de plus bas niveau échoueront de manière générale. Par un curieux tour du destin, un simulacre peut parfois faire revivre un corps congelé par Jezra.
Ceux qui sont victimes de son absorption de chaleur ne se transforment pas en spectre. Ils meurent, tout simplement ; car elle ne possède pas le pouvoir de générer des morts-vivants.
Sa nature mort-vivant la rend insensible à toutes les formes de sommeil, de charme et d’immobilisation, ainsi qu’à tous les sorts qui affectent la vie. Son corps n’ayant pas de réalité physique, elle est également insensible aux sorts destinés à des ennemis de chair et d’os (comme une toile d’araignée). Elle est également immunisée contre les poisons, toxines, maladies, paralysies et autres. De l’eau bénite jetée sur Jezra lui causera 2 à 8 (2d4) points de dégâts. Elle peut être repoussée par les clercs et les paladins, à condition qu’ils aient atteint un niveau d’expérience assez élevé.
Jezra est particulièrement vulnérable à certaines magies et reste tout à fait insensible à d’autres. Les attaques qui blessent par le froid ou la glace ne peuvent rien contre elle. Par contre, une tentative de rappel à la vie exercée sur elle, la force à réussir immédiatement un jet de sauvegarde contre les Sorts. Sinon elle est détruite à l’instant même.
En tant que spectre, elle ne supporte pas la clarté et la pureté de la lumière du jour. Bien que cette lumière ne la blesse pas, elle la laisse sans force suffisante pour se défendre ou attaquer, tant qu’elle y demeure. C’est pourquoi, elle se cache durant le jour et ne sort qu’après le coucher du soleil.
HABITAT/SOCIÉTÉ : Jezra Wagner est morte à l’âge de 27 ans. La province de Barovie était alors sous la domination de Ravenloft depuis 75 ans. Jezra était fort appréciée parmi la noblesse et le peuple, car on avait rarement connu une femme aussi généreuse et dévouée dans un pays aussi obscur que celui-ci. Le récit de sa mort accidentelle et de sa terrible destinée dans l’au-delà est une des histoires les plus tragiques de Ravenloft.
Les parents de Jezra étaient de riches boyards. Aux yeux de la plupart des habitants, leurs biens se résumaient en une vaste étendue sauvage et reculée, sur les pentes du mont Baratok. Ces terres vierges étaient une source de bonheur et de prospérité pour ses propriétaires, car entre les rochers courait un filon d’argent. Durant des décennies, le clan des Wagner avait exploité la mine, et il fut toujours largement récompensé de ses efforts.
Jezra adorait la terre sauvage qu’était la propriété ancestrale de sa famille. Elle chérissait chaque saison pour la beauté qu’elle offrait à cette terre. Qu’il pleuve ou qu’il vente, on la trouvait presque toujours en compagnie de son frère aîné Giorgio, explorant les vastes étendues désertes. Et quand Giorgio disparut lors d’une ascension sur le Mont Baratok, elle trouva dans l’amour qu’elle portait à cette terre un refuge à son chagrin.
Dès le printemps, elle partait explorer les forêts, émerveillée devant la vie qui renaissait. Elle avait l’habitude d’approcher sans bruit les nids et les tanières des animaux des bois, admirative de les voir résister aux rigueurs de l’hiver. Quand les fleurs sauvages étaient en pleine floraison, elle en faisait des bouquets pour décorer sa maison.
À l’approche de l’été, elle contemplait avec ravissement les arbres portant leurs fruits gorgés de vie et nageait dans l’eau fraîche des torrents. On disait qu’elle était capable d’imiter les cris de tous les oiseaux de la région et que les grives et les pinsons venaient chanter pour elle à son appel.
Avec l’automne arrivait un spectacle de couleurs extraordinaires. La campagne Barovienne s’enflammait de feuillages oranges, rouges et jaunes. C’était la saison des vendanges et personne d’autre que Jezra ne savourait alors avec autant de plaisir les dons de la nature.
Cependant, l’hiver restait sa saison préférée. À l’arrivée de la première neige, elle se précipitait dehors pour danser et s’enivrer de son contact vivifiant. Par une ironie du sort, ce fut justement l’hiver qui allait lui prendre la vie. La fin de Jezra survint aux abords du solstice. En compagnie de plusieurs de ses amis, elle gravissait les pentes du mont Baratok pour admirer de son sommet toute la majesté des Balinoks.
Leur désir secret était d’apercevoir la cime du mont Nyid que l’on disait uniquement visible du plus haut point du Baratok. Mais leur expédition était vouée au malheur, et le destin le leur rappela avant même qu’ils n’aient atteint la crête.
Jezra fut la première à entendre le grondement sourd, et c’est sans doute ce qui la sauva de la mort brutale qui s’abattit sur ses compagnons. Elle eût juste le temps de pousser un cri d’alarme et de glisser son corps dans une étroite brèche, tandis que l’avalanche s’abattait devant elle, arrachant ses amis à leur corde et les emportant vers la mort. Quant à ceux qui ne furent pas entraînés par la coulée, ils furent écrasés sous le poids de la neige.
Réfugiée dans la fissure, Jezra fut épargnée. Elle découvrit alors que son abri providentiel était une petite grotte qui pénétrait de 5 à 10 mètres à l’intérieur de la falaise. L’avalanche en avait condamné l’entrée derrière elle et Jezra réalisa avec horreur qu’elle était emmurée vivante.
Plusieurs fois elle tenta de se creuser un passage hors de cette prison, mais cet effort ne fit que provoquer de nouvelles chutes de neige devant l’entrée. Le temps passa et lentement ses provisions vinrent à manquer, ses chandelles étaient toutes consumées. L’air dans la grotte devenait rare. Jezra sentit qu’elle allait bientôt mourir. La peur étreignit son cœur, tandis qu’elle s’engourdissait à l’approche de la mort.
Ce qui se passa ensuite peut être attribué à plusieurs facteurs. Peut-être le manque d’oxygène provoqua-t-il une hallucination ou bien les forces du mal profitèrent-elles de sa faiblesse pour capturer son âme innocente, par l’intermédiaire d’un redoutable messager.
Quoiqu’il en soit, Jezra se retrouva baignée d’un halo de lumière irréelle. Ses bras et ses jambes, premières victimes du froid, avaient été paralysées et Jezra constata avec amertume que cette lueur n’apportait aucune chaleur avec elle. Au contraire, la température à l’intérieur de la grotte descendit plus encore.
Sa curiosité qui s’éveillait l’aida à repousser les limites de la mort encore un instant. Elle tenait à découvrir l’origine de ce mystérieux phénomène. Tandis qu’elle fixait des yeux la source lumineuse, une immense joie l’envahit. Son frère Giorgio, qu’elle croyait mort depuis longtemps, se tenait devant elle.
La vision s’avança. Petite et trapue, le même sourire énigmatique, c’était l’image exacte de son frère. Il portait les vêtements dans lesquels elle l’avait vu pour la dernière fois, mais ils étaient maintenant sales et déchirés.
Elle étendit le bras vers la vision luminescente, presque incapable de bouger ses membres, grimaçant sous l’effet du feu glacé qui étreignait sa poitrine. Puis l’image de Giorgio s’agenouilla devant elle et la dévisagea avec curiosité, d’un regard presque étranger.
"Sauve-moi !" murmura Jezra avec peine.
"Je ne peux pas..." répondit son frère.
Jezra commença à pleurer ; les larmes gelaient en roulant sur ses joues. La vision s’évanouit, la laissant seule dans sa tombe de glace. Dans un dernier souffle, elle supplia que quelqu’un, n’importe qui, lui épargne cette mort en jurant qu’elle ferait tout pour ne pas périr ainsi. Puis, elle ferma les yeux et sentit le froid autour d’elle arracher à son corps sa dernière flamme.
Quelque part dans les profondeurs de Ravenloft, ses plaintes furent entendues. Une ombre étrange, plus dense encore que l’obscurité de la grotte, sortit du cœur de la montagne, et vint s’enrouler autour du corps de la jeune femme comme un serpent d’ébène. Deux petites lueurs rouges comme la braise d’un regard s’allumèrent lentement, sans pour autant apporter plus de lumière autour d’eux. Soudain, comme un cobra qui se détend, la langue de ténèbres plongea dans le corps de Jezra.
À peine la chose eût-elle pris possession de sa chair que la jeune femme fut prise de convulsion et que son visage se tordit de douleur. Son corps se débattit violemment quelques secondes encore avant de retomber, immobile à jamais.
Petit à petit, une lueur glacée emplit la grotte. Et Jezra rouvrit les yeux. Elle était à nouveau capable de sentir ses mains et ses pieds ; l’air ne la suffoquait plus. Le froid, cependant, avait redoublé d’intensité. Sa chair frissonnait de façon continue et une douleur arthritique tenaillait ses os. Elle poussa un cri de douleur et se releva lentement.
Son premier réflexe fut d’échapper aux ténèbres glacées. Si elle avait regardé par terre, elle aurait vu son propre corps figé dans la mort. Mais elle se rua désespérément contre les rochers et la glace qui bloquaient la sortie et passa au travers comme s’ils n’avaient été qu’un nuage de brumes.
Ignorant qu’elle avait bel et bien péri dans la grotte, Jezra s’en alla errer sur les pentes du Mont Baratok pendant plusieurs jours. Bien que dans son cœur elle eût très envie de retourner chez elle, elle s’attarda à la recherche de son frère ; inconsciente qu’elle était désormais comme lui, une morte-vivante. Hélas, malgré tous ses efforts, elle ne trouva aucune trace de Giorgio.
Puis, Jezra descendit enfin de la montagne. Elle n’était plus très loin de chez elle, quand elle rencontra un fourreur qu’elle connaissait vaguement. En d’autres circonstances, elle eût continué son chemin en le saluant amicalement. Mais pour une raison inconnue, elle se sentit fascinée par cet homme rustre. Elle s’approcha de lui et sentit la chaleur de son corps malgré la distance qui les séparait. Tout à coup, une pulsion incontrôlable la saisit ; elle se précipita sur l’homme et l’étreignit avec béatitude. L’homme n’eut pas le temps de voir venir Jezra et de comprendre ce qui lui arrivait. Pendant un court instant, tandis que le corps du fourreur se cristallisait entre ses bras, elle sentit s’apaiser la douleur qui rongeait ses os. Avec un soupir de satisfaction, elle recula et pleura presque de joie. Malheureusement, cette sensation ne dura pas. La douleur revint. Mais elle savait maintenant comment la calmer, ne fut-ce qu’un instant.
Jezra poursuivit son chemin et atteignit enfin la demeure qui l’avait vu naître, et où elle avait toujours vécu. Impatiente de revoir ses parents, elle s’imaginait déjà leur surprise et leur joie quand ils verraient que leur fille chérie avait échappée au sort de ses amis et qu’elle était revenue auprès d’eux.
Elle les trouva facilement, au moment même, où ironie suprême, ils apprenaient de la bouche de chasseurs que leur fille avait été emportée par une avalanche. Jezra voulut aller vers eux, leur montrer qu’elle était toujours en vie, et les consoler.
Mais en réalité, son attention était fixée sur la chaleur qui émanait de leurs corps. Elle la savourait comme l’arôme d’un mets délicieux. La douleur dans ses os la rendait folle ; la chaleur l’appelait, la pressant de sortir de l’ombre pour attaquer. Finalement, elle ne put en supporter davantage. Elle se détourna de la fenêtre et s’enfuit dans la nuit. Quand le soleil se leva, elle s’était attaquée à une douzaine de personnes.
Chacune de ses victimes apportait un court répit à sa douleur. Puis la souffrance se réveillait à nouveau, aussi cruelle qu’avant.
Plus de trois siècles ont passé depuis ce jour terrible. Pendant tout ce temps, Jezra a erré sur les versants du Mont Baratok à la poursuite de la moindre source de chaleur. Elle n’a toujours pas réalisé qu’elle est morte dans la grotte. Elle pense simplement qu’elle est victime d’un mal étrange. Dans cette non-existence, elle continue de soulager sa douleur en absorbant la chaleur des êtres vivants qu’elle rencontre, ne laissant derrière elle qu’un cadavre de glace. Le nombre de minutes pendant lesquelles sa douleur se calme équivaut au niveau de vie de la victime.
ÉCOLOGIE : Les rapports que Jezra Wagner entretenait avec le monde qu’elle a connu de son vivant ont cessé depuis longtemps. Elle est maintenant une aberration de la nature, une créature en marge de la vie qui corrompt tout ce qui l’entoure.
L’histoire de sa mort et de sa transformation en spectre n’est pas inconnue en terre barovienne. Une chanson Vistani, par exemple, qui s’appelle Regina d’Ghiaccio ou La Reine de Glace, relate avec une fidélité troublante le destin de Jezra. Cette aventure tragique est souvent considérée comme un conte populaire, dénué de fondement, par les érudits comme par les ignorants.
Le célèbre chasseur de vampires Rudolph van Richten connaît bien cette histoire pour avoir rencontré Jezra Wagner au moins une fois dans sa vie. Il avait la certitude qu’elle pouvait être détruite par quiconque retrouverait son corps gelé et le brûlerait sur un bûcher funéraire. Il tenta d’y parvenir lui-même, mais la tâche se révéla au-dessus de ses forces. Et avec regret, il dut abandonner l’espoir d’offrir enfin le repos éternel à cet esprit si singulier.
L’existence irréelle de Jezra est soumise à l’hiver. Aussitôt que la neige commence à fondre et le soleil à réchauffer la terre, elle doit rejoindre la grotte où son corps repose. Là, son esprit réintègre son corps glacé pour s’endormir jusqu’à la fin du prochain automne. C’est ainsi que le spectacle de la nature renaissante qu’elle chérissait tant autrefois lui est désormais interdit à jamais.
Idées d’aventure : La destruction du spectre est le sujet d’aventure le plus évident. Notons cependant que l’intérêt d’une telle aventure se situe au-delà d’une simple confrontation directe. En fait, face à un mort-vivant comme la Reine de Glace, un acte aussi inconsidéré se traduit généralement par la mort d’un ou plusieurs membres du groupe.
Les MD prudents feront tourner l’aventure de l’investigation autour d’une enquête sur la vie, la mort et la terrible résurrection de Jezra Wagner.
Il existe de nombreuses façons d’amener un groupe de héros à la recherche de Jezra. Ils pourraient être contactés par les descendants de la famille Wagner qui vivent toujours dans le nord de la Barovie, où ils continuent d’exploiter la mine d’argent. Pour ceux-ci, l’histoire de Jezra et de son destin rôde autour d’eux comme une malédiction tenace.
Les héros pourraient tout aussi bien être sollicités pour compléter les recherches commencées par van Richten. Avec ou sans lui, l’enquête suivrait le même déroulement que si elle était supervisée par la famille Wagner. En fait, il est tout à fait possible que les deux commanditaires interviennent simultanément et cherchent à s’allier les PJ.
Van Richten pense que la meilleure façon de détruire le spectre est de brûler son corps physique. Pour lui, cela devra donc être le but de l’expédition. S’ils n’agissent pas sous ses ordres, les aventuriers peuvent cependant faire comme bon leur semble.
L’aventure peut aussi avoir un début plus nuancé. Les joueurs désireux d’explorer le monde dans lequel leurs personnages évoluent peuvent être séduits à l’idée d’escalader le Mont Baratok. Il est certain que leurs chances de rencontrer Jezra Wagner augmenteront au fur et à mesure de leur ascension.
Si, au contraire, les PJ n’ont pas un penchant spontané pour l’exploration elle-même, le MD peut leur offrir une raison concrète de partir à l’assaut de la montagne, comme par exemple, une série de meurtres commis à Vallaki. Il serait alors demandé aux héros de capturer le criminel. Quand celui-ci ou celle-ci fuira vers le nord en direction de la Markovie, ils seront forcés de prendre le même chemin.
Cette aventure présente l’avantage de concentrer l’attention des personnages sur une fausse proie. Dans la neige des Balinoks, ils ne s’attendront à affronter personne d’autre que le criminel qu’ils poursuivent. Quelle terreur sera la leur quand ils le découvriront mort, se retrouvant eux-mêmes pris en chasse dans la neige et le froid par une créature sortie de leurs pires cauchemars.
Ma chère comtesse,
Pendant deux semaines nous avons peiné sur les versants traîtres du Mont Baratok. Des six hommes qui ont quitté votre admirable demeure il y a maintenant quinze jours, trois, hélas, sont aujourd’hui morts. Deux ont péri dans un accident et nous les avons inhumés dans les neiges éternelles.
Le troisième, lui, a été attaqué par la créature que l’on recherche. Celle-ci a surgi devant nous pendant notre halte. Cette créature était si belle et angélique que mon cœur eut un élan vers elle. Tel est toujours le cas lorsque les bons et les innocents sont victimes des forces du mal. De toute façon je n’avais aucun doute ; ce fantôme aux cheveux d’argent était l’esprit que nous recherchions.
Il se déplaça avec une vitesse fulgurante à travers les airs, et vint s’arrêter près du feu. Il me sembla que la créature cherchait à se réchauffer, quand soudain avec un brusque mouvement de recul, elle poussa un cri de douleur, je n’ai jamais rien entendu d’aussi tragique que ce râle mêlé d’agonie et de désir qui résonna encore un instant dans l’air.
Ambrose, notre prêtre, saisit son symbole sacré et le brandit vers la créature. Elle se tourna vers lui, semblant ne pas voir ce qu’il tenait. En fait, cela eût pour seul effet d’attirer plus encore son attention sur notre cher Ambrose. Avec la même vitesse que je vous ai décrite plus haut, elle tendit la main vers sa joue.
Le contact fut léger ; un geste presque tendre comme en ont les amants. Mais l’effet de cette caresse fut terrible. Ambrose hurla de douleur et tenta de fuir. Des cristaux déglacés se formèrent alors le long de son corps et avant que nous n’ayons pu réagir il fut transformé en sculpture de glace. Sans vie, il perdit l’équilibre et bascula dans le feu de notre campement. Dans un nuage de vapeur le corps d’Ambrose se disloqua et le feu s’éteignit.
Andréas fut le premier à rapporter un peu de lumière, mais il était trop tard. Le spectre avait disparu et notre ami était mort. Nous continuerons nos recherches une semaine encore. Après nous serons obligés de renoncer. L’hiver arrive rapidement, et je n’ai aucunement l’intention délaisser ma vie à la montagne. Comme tant d’autres, hélas, durant ces dernières années.
Avec tout mon respect et mon dévouement, vôtre Rudolph Van Richten.
Retrouvé parmi les papiers de Lady Catherine Wagner, quelques jours après sa mort.

