D’un point de vue construction de série, les Anneaux de Pouvoir est une série chorale, on suit plusieurs arcs narratifs indépendants les uns des autres et qui de temps en temps se croisent avant de reprendre leur chemin. C’est le mode de construction qu’avait adopté la série Game of Thrones reprenant en ça la construction des livres de G. MARTIN.
Les showrunners ont également scrupuleusement repris la même faiblesse à savoir un arc narratif totalement déconnecté des autres : celui de Daeneris pour GoT et celui de Gandalf & les "Pieds Poilus" pour RoP.
Si les Anneaux de Pouvoir était construite comme les
Contes et légendes inachevés ce serait une série d’anthologie avec des épisodes et/ou groupes d’épisodes indépendants les uns des autres, avec sans doute des personnages qu’on peut croiser d’une histoire à l’autre.
La construction narrative adoptée pour la série est centrée sur l’intrigue autour de laquelle gravitent les personnages. Comme… les deux dernières saisons de GoT écrites par… les deux showrunners de GoT qui n’avaient plus de texte des livres à suivre puisqu’ils en avaient dépassé l’avancement des livres. C’est le mode de construction que nous, rôlistes, retrouvons dans les scénarios commerciaux : une succession de scènes par lesquelles vont passer les PJs, indépendamment de leurs choix et actions, les fameux « rails du scénario ».
C’est très bien pour permettre d’établir un plan épisode par épisode de l’avancement de l’intrigue. Je comprends qu’un showrunner utilise ce type de construction narrative, c’est raccord avec son rôle de veiller à l’avancée d’une saison. Mais ça met au second plan le développement des personnages qui ne sont plus que des accessoires de l’intrigue (interchangeables tout comme… pour un scénario du commerce en JDR oui).
On a également l’inverse la construction narrative centrée sur les personnages desquels découlent l’intrigue. Ça correspond à nos campagne « bac à sable » construites autours des actes et décisions des joueurs concernant leurs personnages. Le MJ essaie de faire réagir le monde autour des personnages de façon aussi logique que possible aux regards des actions des personnages et l’intrigue s’écrie en réaction/conséquences des actions/choix des personnages.
Dans une histoire centrée sur l’intrigue on répond au pourquoi par une justification de jalon scénaristique. Pourquoi le personnage dit ou fait ceci ? Parce que j’en ai besoin pour rejoindre tel jalon de l’histoire. On ne répond pas au pourquoi par des conséquences logiques du caractère ou aspirations d’un personnage. Ça ne marche pas.
En soit ce mode de construction narrative ça fonctionne, mais quand c’est mal maîtrisé on retrouve les mêmes « travers » : des personnages « fonction » donc pas attachants/intéressants.
Si on prend les Anneaux de Pouvoir on retrouve ces travers, les personnages font des actions qui collent avec les besoins du scénario : Galadriel qui plonge au milieu de l’océan, c’est absurde d’un point de vue logique mais ça répond aux besoins du scénario qui est de faire se retrouver ensemble Galadriel et Halbrand au milieu de l’océan. Disons que sa motivation pour plonger c’est « venger son frère », ok mais, c’était déjà le cas avant de monter sur le bateau. Du coup pourquoi est-elle montée sur le bateau si sa motivation c’était déjà de « venger son frère » au moment de monter ? Parce que ça répond aux besoins du scénario qui est de faire se retrouver ensemble Galadriel et Halbrand au milieu de l’océan. Etc.. Idem en début de saison 2 pourquoi Halbrand prend la mer ? Aucune raison logique de motivation du personnage mais ça répond à un besoin du scénario qui est de faire se retrouver ensemble Galadriel et Halbrand au milieu de l’océan.
On trouve également le problème de « téléportation » OK les scènes ont un ordre temporel (avant/après l’une l’autre) mais sans écoulement temporel entre les scènes (on ne sait pas dire combien de temps s’est écoulé ni à quel moment de la journée/semaine/année on se trouve.
Et puis si la série sait proposer des « surprises » elle ne sait pas proposer de « suspens » comme en parlait Hitchcock avec la bombe inconnue du public vs la bombe connue du public : « dans le premier cas, on a offert au public quinze secondes de surprise au moment de l'explosion. Dans le deuxième cas, nous lui offrons quinze minutes de suspense. » (comme dans le plan d’ouverture de La Soif du mal :
https://www.youtube.com/watch?v=vm97MdLVdPU[/youtube] ok ça ne dure pas 15 minutes

)