Extrait des notes de Compas, géographe de la compagnie : L'ordre des choses
Les terres du nord, on les appelle les
contrées froides. Pas à cause du vent glacial qui mord les os, mais à cause de ce que ces terres inspirent : solitude, méfiance, et une lutte constante pour survivre. Deux lunes continuent de nous guider. Elles rythment les saisons, les jours, et rappellent que le temps avance, qu’on le veuille ou non.
Depuis que le monde a basculé, le
troc a remplacé la monnaie dans la plupart des régions, excepté dans les grandes villes où quelques pièces d'or circulent encore. L’
éther, la source même de la magie, a été drainé par les glyphes du Magistère pour nous protéger des brumes, rendant chaque sortilège rare et précieux – et souvent craint. La magie, autrefois outil de grandeur, n’est plus qu’une curiosité malvenue dans un monde qui ne comprend plus ses règles.
La
connaissance, quant à elle, se meurt lentement. Elle repose entre les mains d’un ordre fragile :
les Scribes. Ces érudits jurent de préserver l’histoire, mais leurs archives, comme leurs vies, sont constamment menacées par les brumes et le chaos rampant.
Quant aux
races qui peuplent ce monde, elles survivent à leur manière. Les
humains dominent par leur nombre et leur résilience, mais ils ne sont pas seuls. Les
elfes, qu’ils soient hauts ou sylvains, se terrent dans les grandes villes ou les forêts. Les
nains, réfugiés des brumes, ont trouvé leur salut dans les montagnes et les déserts. Les petites-gens assurent le transport fluviaux et les gnomes, discrets mais ingénieux vivent en petites communauté dans les grandes cité.
Et puis il y a les
factions. Chaque groupe lutte pour ses propres intérêts, incapable de voir que leur querelle ne fait qu’empirer les choses.
L’Église des Architectes prêche la soumission et la crainte divine, traquant les hérésies avec une ferveur impitoyable. Le
Magistère, caché dans ses tours et ses universités, tente de percer les mystères des brumes et de restaurer un équilibre fragile. Et au milieu de tout ça, les
Ardents, fanatiques de la lumière, brûlent tout ce qu’ils ne peuvent contrôler – magie, église, ou autre.
Les terres elles-mêmes reflètent ce chaos.
La Baronnie de Castelflambeau reste un bastion de chevalerie, un vestige de l’âge des chevaucheurs de dragons. Mais même là, les brumes gagnent du terrain.
La Ligue des Deux Rives, avec ses cités riches et puissantes, prospère grâce à ses métaux précieux, mais son cœur est rongé par l’ambition. Dans le désert de
Sable-Rouge, le Califat lutte pour préserver son pouvoir face aux Brumes et aux fanatiques Ardents. La
République de l'enclave, bâtie sur la glace et la douleur, résiste comme elle peut. Quant à la
Terre-Sainte, territoire des miracles, abrite les dernières lueurs de foi.
La Plaine des Cendres, là où la Vouivre s’est sacrifiée, reste un lieu à part. Ni les brumes, ni les hommes n’osent vraiment s’y aventurer. Le sol y est instable, chargé de magie résiduelle, et les cristaux de
Sombrelithe, si précieux, attirent autant qu’ils tuent.
Quelques pages plus loin, une note "Notre prochaine mission aura lieu à Terre-Sainte, des Pirates à éliminer" puis un encart précise :
Terre-Sainte n’est pas un lieu comme les autres. C’est une terre de prières et de secrets, où l’Église des Architectes Immortels règne en maîtresse absolue. Autrefois partie de la Baronnie de Castelflambeau, ce territoire a été cédé à l’Archevêque en remerciement pour les miracles supposés avoir repoussé les Brumes. Depuis, il est devenu un
protectorat théocratique, où la foi guide chaque aspect de la vie – ou, du moins, prétend le faire.
L’économie repose sur des bases simples : l’agriculture, la pêche, et surtout le commerce spirituel. Chaque année, des vagues de
pèlerins affluent à
Saint-Pancrace pour recevoir la bénédiction de l’Archevêque. L’or et l’argent circulent dans les grandes villes comme Saint-Pancrace et
Pont-à-Bar, mais dans les villages isolés, c’est le troc qui prédomine. Les richesses terrestres, après tout, n’ont que peu de poids dans un monde rongé par les Brumes.
La justice et la sécurité sont entre les mains des
Sentinelles, un ordre religieux austère, et des
Patrouilleurs, leur branche rurale. Les morts reçoivent une attention toute particulière. Les riches reposent dans des caveaux familiaux, tandis que les plus modestes rejoignent les catacombes. Quant aux criminels et aux indésirables ? Le feu purificateur est leur ultime destination. Ici, même la mort doit suivre des règles.
Saint-Pancrace, la perle de Terre-Sainte, est une cité austère, dominée par la silhouette imposante de la
Cathédrale Immortelle. Les Sentinelles y veillent sur les vivants comme sur les morts, tandis que les érudits de l’Ordre des Scribes conservent précieusement le savoir dans les archives du quartier
Connaissance. Les bruits des quais et les prières des fidèles se mêlent, créant une symphonie aussi chaotique que la vie elle-même.
Mais Terre-Sainte n’est pas sans ses ombres. Le quartier pauvre de
Godillot grouille de misère et de pègre, tandis que la mystérieuse
tour du Donjon Noir, interdite à tous, projette une menace silencieuse. Les murmures parlent d’une ancienne magie, ou pire encore. Mais personne n’ose s’approcher – ceux qui l’ont fait ne sont jamais revenus.
Dans les campagnes, des villages comme
Courbault ou Berge survivent tant bien que mal, protégés par des familles nobles liées à l’Église. Pourtant, même là, les Brumes sont proches, et les légendes de créatures tapies dans l’ombre ne sont jamais bien loin. Chaque pèlerinage, chaque récolte, chaque prière est une bataille silencieuse contre un ennemi que l’on ne voit pas.